On les aura

ORIGINE DU REGIMENT

Le 170 R.I. a été formé le 15 avril 1913 par décision ministérielle du 15 mars de la même année, avec les 4èmes bataillons des 21e, 44e, 60e et 149 R.I.

Il comprenait une C.H.R et seize compagnies.

Le 21e R.I a formé le 1er bataillon.

Le 44e R.I a formé le 2e bataillon.

Le 60e R.I a formé le 3e bataillon.

Le 149e R.I a formé le 4e bataillon.

 Garnison. – le 170e R.I. tint garnison dès l'origine à Epinal et dans les forts de cette ville.

 Drapeau. – Le drapeau fut remis au lieutenant-colonel Pichoud, à Paris, le 14 juillet 1913.

 Affectation.- le 170e R.I. a été affecté à la défense mobile de la place d'Epinal, jusqu'au 9 septembre 1914.

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ENTREE EN CAMPAGNE

 

Le 9 septembre 1914, le 170e R.I. comprenant la C.H.R. et les quinze premières compagnies, quitte la place d'Epinal. Il appartient à la 71e division de réserve (général Kaufmant).

La 16e compagnie reste au fort d'Arches, pour constituer le dépôt. Le régiment est sous les ordres du colonel Pichoud.

PREMIERS JOURS DE GUERRE

          Le 9 septembre 1914, l'ordre arrivait de quitter la place d'Epinal. Le régiment fut alerté à midi. A 18 heures, il partait du point de rassemblement de Sault-le-Cerf pour la direction du nord-est. Un orage épouvantable qui devait durer jusqu'à cinq heures l'accompagna toute la nuit.

Des cantonnements avaient été prévus à Vaudeville et à Dompierre. Mais on ne put s'y arrêter qu'une heure et, de nouveaux ordres prescrivant de presser la marche, on repartit sous la pluie battante et dans une obscurité qui rendait la route fort difficile.

         Le 10 au matin on avait gagné Rambervillers. Le régiment occupa tout de suite la ville et les positions situées au nord de celle-ci. Le 2e bataillon fut envoyé pour le couvrir dans le bois d'Anglemont où il subit durant toute la nuit son premier "marmitage".

         Le 11, le 1er bataillon et le quatrième montèrent rejoindre le 2e, le 3ème restant en réserve dans la ville.

        Le 12, le mouvement en avant qui continuait porta les troupes à Ménil et à Sainte-Barbe et le lendemain se poursuivit jusqu'à Baccarat. Les cantonnements furent installés dans Baccarat et dans la commune de Deneuvre, qui en est le prolongement. Le 4ème bataillon était logé à la Chapelle, Bertrichamps. Le régiment tenait ainsi la rive gauche de la Meurthe, depuis la Chapelle, Bertrichamps, jusqu'aux abords de Glonville. Sa première tâche fut de l'organiser pour assurer la défense des hauteurs qui dominent à l'ouest la ville et la vallée. Ce travail dura du 14 au 24.

         Le 24, le 170e allait recevoir le baptême du feu. Dès le premier engagement, que ne doivent pas faire oublier tant de jours terribles et magnifiques dont il ouvrait la série retentissante, il montra ses rares qualités de courage et de ténacité. Dans la nuit du 23 au 24, les 2e et 4e bataillons reçoivent l'ordre de traverser la rivière, de reconnaître, à 6 kilomètres environ au nord-est de la ville, les hauteurs de Vaxainville- Reherrey et de pousser jusqu'à Montigny. Le terrain présentait l'aspect d'une série de croupes en pente douce, aux flancs dénudés, mais aux crêtes garnies où l'ennemi avait caché ses mitrailleuses. Les deux bataillons s'avançaient avec précaution, en formation de combat pour chercher le contact avec l'Allemand. Le cheminement était particulièrement délicat, la route de Baccarat-Montigny et les ravins avoisinants étant les uns et les autres encaissés entre ces crêtes dont le mystère n'allait pas tarder à s'éclairer de coups de feu. Dès les abords de Reherrey, vers la ferme de Chenevières, nos troupes reçurent des obus de 77 auxquels se mêlèrent bientôt des balles de mitrailleuses. Une batterie de 75 en position près de la gare de Merviller et deux pièces de 155 postées sur la rive gauche de la Meurthe appuyèrent aussitôt notre infanterie, qui continuait sa progression en combattant. L'action dura tout le jour, le Boche ayant l'avantage de la position et la volonté de la conserver. Mais il ne put tenir devant la vigueur et l'entrain des nôtres ; la 5e compagnie surtout, qui marchait en tête de l'attaque, se fit remarquer par son mordant et sa ténacité. En fin de journée, l'ennemi, battant en retraite sur toute la ligne de combat, nous abandonnait les crêtes de Reherrey-Montigny qui dominent ce dernier village. Nos pertes s'élevèrent à 26 tués et 63 blessés, dont 1 officier. Le 2e bataillon fournit presque la totalité de ces pertes, le poids de la lutte, qui avait été chaude, ayant principalement reposé sur lui. Le poste de secours avait fonctionné à Merviller.

Dans la nuit qui suivit le combat, le lieutenant Pech (7e compagnie), à la tête d'une section, traversa Montigny encore occupé par les Allemands et installa une tête de pont sur la Blette, à l'issue nord-est du village. Mais, non soutenu, il ne put se maintenir, revint vers son point de départ ; dès les premières heures seulement du 25, il put avec des renforts réinstaller sa tête de pont et occuper le pays. Sainte-Pole fut de même occupé par nous.

         Le 25, à 6 heures, les 1er et 3e bataillon relevèrent en première ligne les 2e et 4e, qui descendirent à Merviller. On passa la journée à se fortifier dans Montigny et Sainte-Pole. Dans la soirée du 25, comme l'ennemi avait fui sans esprit de retour, trois bataillons rentrèrent à Baccarat, un seul restant en ligne. Cette situation dura avec des relèves entre les bataillons jusqu'au 29 septembre.

        Le 29, le régiment fut envoyé dans la région de Badonviller. L'état- major étant fixé à Neufmaisons, trois bataillons cantonnèrent à Badonviller, Pexonne, Fenneviller, un bataillon prit les avant-postes vers Bréménil.

         A partir du 30 et jusqu'au 8 octobre, des reconnaissances quotidiennes furent faites par le bataillon résidant à Badonviller. Les villages de Parux et de Petitmont n'ayant pas de garnison, ni française ni boche, furent le théâtre de nombreuses rencontres de patrouilles, mais nos reconnaissances poussaient leurs pointes jusqu'à Blâmont et Cirey où l'ennemi se trouvait en force. Pendant cette période, on n'eut à déplorer que des pertes minimes : 6 tués, 3 blessés. Le gros du régiment d'ailleurs était à l'arrière, employé à creuser des tranchées.

         Le 8 octobre, il fut tout entier ramené à ses cantonnements primitifs de Baccarat, Deneuvre, mais il y resta seulement jusqu'au 11.

         Le 11 octobre, il quitta pour n'y plus revenir le théâtre de ses premières armes. Après une étape qui fit coucher, le 11 au soir, l'état-major et le 4e bataillon à Magnières, le 1er bataillon à Deinvillers, le 2e à Saint-Pierremont et le 3e à Mattexey, le 170e arriva le 12 octobre à Charmes, où il prit jusqu'au 16 des cantonnements de repos.

Court séjour dans la Meuse.

        Le 16, le régiment embarque à la gare de Charmes, pour débarquer dans la nuit du 16 au 17 à la gare de Commercy.

        Du 17 octobre au 4 novembre, il va commencer à connaître cette Meuse où il doit à maintes reprises verser tant de sang et conquérir une renommée si solide. Mais cette fois, il est placé seulement en réserve d'armée et c'est encore dans des cantonnements de repos qu'il s'installe. L'état-major et le 3e bataillon, à Cousances-aux-Bois : Le 2e et 4e , à Ménil-aux-Bois ; Le 1er, à Courcelles-aux-Bois. Pendant les derniers jours on travaille aux tranchées.

EN SOISSONNAIS

         Le 4 novembre, le régiment se porte à la gare de Mussey, où il embarque de nouveau. Il débarque le 5 novembre à Vierzy et à Longpont, premier contact avec cette région du Soissonnais qui lui deviendra familière : La encore il forme avec deux groupes du 5e d'artillerie, la réserve de la VIe armée. L'état-major et le 2e bataillon sont logés à Courmelles. Le 1er bataillon et deux compagnies du 3e à Berzy-le-Sec ; Deux compagnies du 3e à Ploisy. Le 4e bataillon à Buzancy. Le régiment organise la vallée de la Crise (de la cote 133 jusqu'à Vignolles), avec orientation face au nord-est.

         Le 11 novembre, alerte. Le régiment se porte dans la région de Coeuvres-Laversine.

         Le 12 novembre au soir, il cantonne : l'état-major et le 1er bataillon à Ambleny : Le 3e bataillon à Saint-Bandry ; Le 4e bataillon à Courtanson (le 2e bataillon était resté à Courmelles). Envoyé pour servir de réserve générale à l'opération du plateau de Nouvron, le régiment n'est pas engagé.

         Le 13 novembre, le 1er bataillon demeure à Ambleny, d'où il ne partira que le 11 décembre pour monter en ligne, les 3e et 4e bataillons sont ramenés à Berzy et à Buzancy.

Jusqu'au 23 novembre, ils organisent la défense des plateaux sud de l'Aisne entre Breuil et la cote 147 (1.500 mètres au sud-ouest de Billy).

        Le 23 novembre, les trois bataillons sont portés en cantonnement d'alerte à Belleu ; La 7e compagnie est envoyée à Crouy.

        Le 25, ils reprennent leurs cantonnements de Courmelles, Berzy, Buzancy.

        Le 11 décembre, le régiment se rend dans le secteur de Vic-sur-Aisne pour y constituer avec le 54e R.I.T. un groupement spécial dit "groupement de Vic" et rattaché au 7e C.A.

Les premières tranchées.

        C'est là qu'il va prendre les tranchées pour la première fois. Il relève la 14e D.I., un bataillon du 170e prenant la place d'un régiment. Les 2e et 3e bataillons relèvent dans la nuit du 12 au 13 : le 2e bataillon dans le secteur nord de Berry, le 3e dans le secteur Moulin-de-Sacy.

         Le 13, le 1er bataillon relève dans le secteur de Hautebray ; le 4e dans le secteur nord-est de Berry. A cette époque, le colonel Pichoud est remplacé dans le commandement du régiment par le lieutenant-colonel Naudin.

         Jusqu'au 13 janvier 1915, guerre de secteur dans toute sa forme meurtrière. Tout d'abord les quatre bataillons sont en ligne, puis il n'en reste que deux, puis un : le 54e territorial occupant les tranchées par alternance avec le 170e. Deux faits sont à noter pendant cette période :

 

Venizel.

 1° Le 1er bataillon, qui se trouvait à Ressons, est embarqué en automobile le 13 janvier, et transporté à Venizel, pour y établir une tête de pont sur la rive droite de l'Aisne. C'est la bataille de Crouy qui s'engage. Le 1er bataillon y doit prendre part, mais seulement pour assurer le passage de la rivière. Mais voici, le 14, une crue subite et considérable. Les Allemands profitent du désarroi qu'elle cause pour essayer de forcer le passage. Ils bombardent la tête de pont. Il faut repasser l'eau à la nage ou par des moyens de fortune, puis tenir dans Venizel, où les obus tombent dru et que les habitants viennent d'abandonner. Le 1er bataillon tient vigoureusement le village le 14, le 15 et le 16. Les bombardements lui tue trois hommes et lui coûte 15 blessés.

         Le 17 le 1er bataillon est ramené à Courtieux, où il se retrouve dans la zone du régiment.

Affaire du poste de l'Etoile aux tranchées de Hautebraye.

 

2° Le second épisode est l'affaire du poste de l'Etoile, aux tranchées de Hautebraye, dans le secteur de Vic. C'était dans la nuit du 17 au 18 janvier : la 16e compagnie occupant ce poste fut inopinément et violemment attaquée par l'ennemi, qui réussit à s'emparer de la position. Mais la 14e compagnie et la 15e, se portant à la rescousse, reprirent le poste après de furieux combats à la grenade, où les Allemands subirent de nombreuses pertes. On distingua surtout la conduite de l'adjudant Racaglia, qui réussit par la précision et le sang-froid de son tir à faire exploser des caisses de grenades entassées dans un coin du poste encore occupé par l'ennemi. L'explosion anéantit les Allemands et nous réoccupâmes toutes nos positions, sans que l'ennemi osât réagir. Une jambe de Boche projetées dans les branches d'un arbre en face de l'abri attesta longtemps la vaillance des hommes qui n'avaient pas reculé devant le péril de se faire sauter eux-mêmes pour reconquérir leur tranchée.

Pendant tout ce séjour dans ce secteur de Vic, qui devait continuer jusqu'au 7 février, le régiment perdit 42 tués, dont 1 officier, 1 disparu et 167 blessés, dont 3 officiers soit un total de 210 atteints.