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A PROPOS DE CHIFFRES

           Les lecteurs du Bélier auront constaté une certaine divergence dans les estimations sur les effectifs des prisonniers dans les camps du Viet-minh, telles qu'elles figurent, d'une part, dans l'avant-propos du colonel Galle et d'autre part dans l'épilogue de l'article.

 Rien de surprenant à cela, tant les statistiques effectuées à ce propos divergent, les premières datent d'août 1954, après le retour de la majorité des captifs. D'autres, réalisées en octobre, puis en décembre 1954, après que de nouvelles libérations corrigent, en quelque sorte, les premières estimations.

          Le ministère de la défense effectuera une nouvelle évaluation en juillet 1955, elle est donnée à la fin de cet article. Plus récemment, le colonel Robert Bonnafous donne ses propres chiffres dans une thèse remarquable du 3e cycle, soutenue publiquement devant l'université de Montpellier, intitulée "les prisonniers de guerre du Corps Expéditionnaire Français en Extrême-Orient dans les camps du Viet-minh", thèse qui lui vaudra la mention "très bien' (Bonnafous aura pour sa thèse accès aux archives du Service Historique de l'armée de terre). Ce sont ces chiffres que l'auteur de l'article a cru devoir retenir, comme approchant le plus de la réalité, une réalité plus de trente années plus tard, toujours difficile à cerner pour des raisons que nous allons essayer, le plus succinctement possible d'analyser.

 

          Certaines évaluations prennent en compte tous les disparus, militaires du Corps Expéditionnaire, militaires autochtones ne relevant pas du C.E.F.E.O. et civils européens ou ayant la nationalité française. D'autres se réfèrent uniquement aux prisonniers officiellement recensés, par des sources autres que celles du Viet-minh qui, jamais ne fournira ni d'états nominatifs, ni même d'états numériques, des détenus entre ses mains.

 

          Or pendant huit années, de 1946 à 1954, le Viet-minh a interné dans ses camps plusieurs dizaines de milliers de civils et de militaires. Le 19 décembre 1946, au moment de son coup de force, des civils et des militaires ont été arrêtés dans les petites garnisons submergées par ses troupes comme dans les trains circulant sur tout le territoire de l'Indochine, stoppés en rase campagne.

 

          A vrai dire, aucune comptabilité de ces disparus n'a jamais été sérieusement tenue, ni par l'armée, ni parmi les services de police. Il faudra attendre l'arrivée du général de Lattre de Tassigny pour que voit le jour un "Office du prisonnier" dont la réalisation, le 15 janvier 1952 - seulement – est le fait d'un officier remarquable le capitaine Reboul, qui au prix de difficultés énormes, s'efforcera de rassembler tous les renseignements possibles sur les disparus, présumés prisonniers ou internés.

 

          Il aura fort à faire. On lui opposera même une décision du commandement aux termes de laquelle tout disparu dont l'état de prisonnier n'a pu être établi, est automatiquement classé comme déserteur et objet, à ce titre, d'une procédure devant les tribunaux militaires. Le nombre d'affaires de ce type, que les juridictions militaires auront à connaître, s'élèvera, en fin 1954 à 3164. Tous ces présumés déserteurs seront l'objet de mandats d'arrêts et les condamnations, par défaut, à 10 années d'emprisonnement et à la confiscation des biens seront nombreuses.

 

Marcel Le Guyader.

 

A noter : Robert BONNAFOUS - Les Prisonniers du corps expéditionnaire français en Extrême-Orient dans les camps du Viêt Minh - Editions des Ecrivains 1999.