On les aura

      Il y restera jusqu'au 30 juin. Dans la soirée du 30 juin, il remonte exactement dans les mêmes tranchées qu'il avait conquises. Il les tient pendant cinq jours, mais heureusement les pertes ne sont pas comparables à celles du premier séjour. Il n'y a pas d'attaque et peu d'agitation. Cependant, elles sont quand même importantes à cause du bombardement incessant de l'ennemi. Nous avons à déplorer encore 16 tués, 8 disparus et 129 blessés.

     Le 5 juillet, le régiment est relevé. Il va cantonner de nouveau à Hersin, jusqu'au 7, date à laquelle il est transporté en automobiles à la gare de Bryas. Là il embarque ; après un voyage circulaire par Calais, Boulogne, Abbeville et Amiens, il débarque pour la deuxiçme fois à Longpont dans la matinée du 8. L'état-major et le 1er bataillon vont cantonner à Noroy-sur-Ourcq, le 2e à Chouy, le 3e à Marizy. Tout le régiment se repose ainsi pendant quatre jours. Il se déplace le 12 pour se rendre : l'état-major et un bataillon à Saint-Pierre-Aigle, un bataillon à Dommiers, l'autre à Ressons. Sur les trois bataillons , l'un reste au repos tandis que les deux autres exécutent des travaux de campagne. La 48e D.I. est alors rattachée au 7e corps.

         Le 1er août, par bataillon isolé, le 170e quitte ses cantonnements. Il passe un jour à Roche et va prendre les tranchées dans le secteur de Vingré.

 

 VINGRÉ

(août-septembre 1915)

         Le régiment est affecté au 35e. Deux bataillons occupent les tranchées, ayant chacun deux compagnies en première ligne et deux en réserve, au camp Maunoury pour le bataillon de gauche, aux grottes de Vingré pour celui de droite. Un bataillon reste au repos à Roche. Le roulement entre eux se fait tous les dix jours.

         Le secteur est tranquille : du 2 août au 18 septembre, il y a 18 tués et 69 blessés, presque uniquement par les torpilles. Les tranchées ennemies sont à 20 mètres. Aucune attaque ne se produit. Mais les hommes sont incommodés d'une façon tout à fait particulière par les poux, qui ont pullulé dans les grottes. On tente des désinfections par vapeurs sulfureuses mais ce traitement n'obtient aucun effet.

Du 18 au 28 septembre, nouvelle période de repos. L'état-major et le 1er bataillon cantonnent à Montigny, le 2e à Lavallée, le 3e à Courtieux et Tannières. C'est pendant ce repos que le lieutenant-colonel Naulin, affecté à l'état-major de la VIe Armée, est remplacé dans son commandement par le colonel Bertrand.

         Dans la matinée du 28 septembre, le régiment embarque de Rethondes et de Compiègne.

CHAMPAGNE

(septembre-octobre 1915)
 
Souain. La tranchée des Vandales. La ferme des Wacques.

 

             Le 170e débarque à Saint-Hilaire-au-Temple, dans la soirée du 28 septembre. Il va bivouaquer au camp de la Noblette, près de La Cheppe. Le lendemain, des automobiles le prennent et le transportent à 2 kilomètres de Suippes, à la cote 165, où il bivouaquera de nouveau pendant deux jours.

          Dans la nuit du 1er au 2 octobre, le régiment va occuper les tranchées au nord de Souain, près et à l’ouest de la ferme Navarin. Il tient un secteur à gauche de la route de Souain à Sommepy ; Les trois bataillons sont en ligne. La 48e D.I. est rattachée au corps colonial.
         C’est le 6 octobre que le 170e attaque, les 2e et 3e bataillons en tête, le 1er en réserve. Depuis le 2, les hommes n’avaient d’autre abri sous le bombardement très violent que leurs trous individuels ; ils les avaient reliés entre eux, partout où ils avaient pu, par des sortes de rigoles qui formaient à peine un embryon de tranchée. Dans ces conditions, il y a chaque jour une dizaine de tués et de 20 à 40 blessés. Pendant plus de quatre heures, avant l’heure H, il a fallu demeurer ainsi sans bouger et presque sans manger, sous un ouragan de mitraille. Malheureusement, lorsque le signal de l’assaut est donné, la préparation d’artillerie n’a pas été suffisante. Les réseaux de fil de fer sont mal détruits. Derrière eux ,l’ennemi exécute des décharges meurtrières. Le premier objectif était la tranchée des Vandales.

Mais rien n’arrête l’élan de nos troupes. Le 3e bataillon du 170e, un bataillon du régiment marocain, notre voisin de bataille, réussissent à passer. Ils filent, en dépit de tous les obstacles, vers Sommepy. Les voici à la gare du chemin de fer. Ils s’en emparent. Sommepy est là, tout près de s’offrir aux mains qui se tendent déjà pour le conquérir. Le front allemand sera percé.

           Malheureusement, les régiments de droite n'ont pas pu franchir les réseaux. Le 170e, les marocains sont enfoncés comme une flèche, dans la chair ennemie. Une contre-attaque allemande les contourne, les coupe des lignes françaises. S'ils ne veulent pas se rendre, force est de revenir en arrière. La rage au cœur, ils abandonnent leur conquête et se replient, mais en faisant face toujours à des boches si nombreux qu'ils parviennent, en fin de journée, à reprendre la tranchée des vandales, leur première tranchée. Notre avance si belle était ainsi perdue. Nos pertes étaient considérables : 46 tués dont 1 officier, 304 blessés dont 10 officiers, 469 disparus dont 11 officiers. Tous ces disparus étaient les blessés et les morts restés sur le champ de bataille repris par les allemands.

           Le lendemain 7 octobre, encore qu'il n'y eut pas d'engagement, le secteur demeura fort agité par l'artillerie. L'état des pertes monta au chiffre de 200 hommes.

            Le régiment quitta la première ligne dans la nuit du 8 au 9 octobre, pour stationner dans les tranchées situées au sud-ouest de la ferme des Wacques. Il y restera jusqu'au 11 octobre, puis du 11 au 14 il ira bivouaquer sous la tente à l'ouest de Saint-Etienne-au-Temple, au camp de la Noblette.

           Le 14, il se remet en marche dans la direction du front ; deux jours de bivouac à la ferme de piémont, deux autres jours aux abris Roques.

           La 48e D.I. revient au 7e C.A. ; elle est chargée d'un secteur défensif, à 3 kilomètres au nord de la ferme des Wacques. Un sous-secteur est occupé par le 170e R.I. dont un bataillon est en première ligne, un bataillon en deuxième ligne au niveau des bois 28 et Guillaume, et un bataillon en réserve dans les tranchées du sud-ouest de la ferme des Wacques. Les bataillons doivent rouler entre eux, toutes les semaines.