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Et comme l'écrit le colonel Bonnafous, "une fois les situations éclaircies, un autre jugement devient nécessaire pour blanchir les intéressés, les décédés en particulier".

           Au moment des combats les plus meurtriers, ceux de la route coloniale n°4 en fin 1950, ceux de Dien Bien Phue en 1954, pour ne citer que ceux-là, le Viet-minh acceptera sur l'intervention du professeur Huard, délégué de la Croix-rouge de libérer de très grands blessés, environ 200 à That-Khe, en fin octobre 1950, 858 à Dien-Bien-Phu dans les jours qui suivent la chute du camp retranché. 
          Certaines estimations incluent ces chiffres dans le volume des captifs, puis dans le nombre de libérés. D'autres statistiques en font totalement abstraction. 
          D'autre part à la faveur des libérations de 1954, un certain nombre de déserteurs se glisseront dans les convois de prisonniers faussant les décomptes. 
          Il convient de noter également la difficulté d'évaluation du nombre de légionnaires prisonniers rendus à leur pays d'origine, à l'est du rideau de fer, qu'ils avaient fui. Ils ont été rapatriés par cette voie que les viets appelaient "la voie démocratique", c'est à dire la Chine et l'U.R.S.S. Ne connaissant pas le chiffre exact des libérés, on ne peut par voie de conséquence déterminer le nombre réel des disparus. Ce que l'on sait par contre, c'est que les légionnaires rapatriés furent condamnés à de lourdes peines de prison dans leurs pays et que certains se suicidèrent pour échapper à ce nouvel enfer. Quelques uns, rares, s'échapperont, réussiront à regagner leur Patrie d'adoption et réintégrèrent la Légion.
 
          Le cas des ressortissants vietnamiens pose un problème particulier. Rappelons-nous le cas récent du lieutenant-colonel Huynh 1, ancien aide de camp du général de Lattre, qui aura toutes les peines du monde à retrouver sa nationalité française. 
          De 1946 à 1954 ? Les Indochinois du Tonkin, de l'Annam et de la Cochinchine qui combattirent le Viet-minh, serviront dans des formations aussi différentes qu'hétéroclites. Il y a ceux qui se battront dans les unités françaises du C.E.F.E.O. et dans les formations supplétives qui lui sont juxtaposées. Percevant une solde ou un prêt, ils figureront sur des états nominatifs faciles à consulter dans le cas de leur disparition. Il y a ceux qui relèvent d'unités particulières, les "Becs d'ombrelle", par exemple jusqu'en 1951, les sectes de Cochinchine, etc. Aucun organisme n'est en mesure de fournir la moindre statistiques sur leur éventuelle disparition. Il y a enfin l'armée ,vietnamienne qui possède ses propres archives. Mais en 1954, au moment de la partition du Viet-nam, il est vraisemblable que la majeur partie des documents concernant les unités du Tonkin ont été détruits.
 
En résumé, s'il est quasiment impossible d'évaluer avec un risque d'erreur minimum, le nombre de Vietnamiens prisonniers et le volume des libérés ou évadés des camps de rééducation, on peut, en revanche, établir une statistique assez proche de la réalité pour ce qui concerne les Français de souche et les Africains. 
          Les diverses études faîtes s'accordent à reconnaître que 59,89 % des Français de souche disparurent dans les camps du Viet-minh. Pour mémoire , 2 % de Français périrent dans les camps de prisonniers en Allemagne durant la seconde guerre mondiale.
 
Marcel Le Guyader

Huynh Ba Xuan

1) Article de "La Liberté de l'Est " du 21 septembre 2004

Le Lt-Colonel Huynh Ba Xuan, ancien aide de camp du général de Lattre en Indochine et victime du goulag Vietminh pendant 23 ans - la plus longue détention connue au Vietnam-, a été décoré de l'ordre de la Légion d'Honneur, par les autorités militaires françaises, à Rennes, lors des cérémonies du 11 novembre.

Cette promotion, qui a eu lieu en application du décret du 26 juillet 2004, a été assortie de l'attribution de la Croix de Guerre des TOE, avec palme.

Cette reconnaissance tardive, principalement initiée par l'actuel ministre de la défense, Michèle Alliot-Marie, vient saluer le courage et la grandeur d'âme d'un homme d'exception, dont le parcours est relaté dans un témoignage émouvant, publié le 01 08 2004 aux éditions de l'Harmattan : "Oublié 23 ans dans les goulags Viet-Minh" de Huynh Ba Xuan.