On les aura

           Pendant ce rassemblement, des reconnaissances poussées vers le village ne peuvent progresser ; la liaison existe à droite avec le 9e zouaves. La lisière sud du village, est battue de front et de flanc par des mitrailleuses ennemies. Aucune attaque d'infanterie en ces conditions n'est immédiatement possible.

          L'ordre est donné par la 3e brigade d'attaquer le lendemain 5 mars, au matin, en coopération avec les compagnies de zouaves. Mais, à 3 heures, le colonel commandant le 170 R.I. est informé par le général commandant la 3e brigade que l'attaque prévue n'aura pas lieu.
           Le premier bataillon se porte à la ferme Thiaumont en réserve de sous-secteur ; le 2e bataillon à 300 mètres à l'ouest de cette ferme, en soutien immédiat du 33e R.I.
           Dans la nuit du 5 au 6 mars, relève des unités de première ligne devant Douaumont ; le 2e bataillon relève les compagnies du 110e, le premier celles du 33e. Il commence par la droite ; à 21heures, il est terminé. Le 170e occupe le secteur compris entre le calvaire et un point situé à 150 mètres à droite de la route Fleury-Douaumont ; le 2e bataillon à gauche, en liaison avec le 153e.
          Des patrouilles nocturnes assurent la liaison entre les deux bataillons, que sépare une distance d'environ 200 mètres. Pendant toute cette nuit on travaille activement à s'organiser, et l'on continuera autant que possible dans la journée suivante. Quant aux éléments restants du 3e bataillon, ils se rassemblent à Fleury.
           Dans la nuit du 6 au 7 mars, le 170e est relevé par le 21e bataillon de chasseurs. La relève qui commence par la droite, est terminée sans incident à 3 heures. Le régiment redescend dans la cuvette de Souville ; il y reste à la disposition du général commandant la 13e D.I. Un violent bombardement l'y poursuit encore le 7 mars. Enfin, à 18 heures, il reçoit l'ordre d'aller cantonner à Belrupt. C'est la véritable relève.
           Du 7 février au 7 mars, le total général des pertes fut de 850 hommes, à savoir : 65 tués dont 4 officiers, 324 blessés dont 13 officiers, 461 disparus dont 9 officiers. Presque tous ces disparus furent pris dans Douaumont le 4 mars. Cette journée avait été la plus onéreuse de toutes : on y compta 18 tués, 128 blessés et 434 disparus (morts ou vivants).
  
Période de repos. Vaucouleurs – Chalaines (13 mars – 11 avril).
 
          Le 9 mars, le régiment quitte Belrupt où il avait passé vingt-quatre heures. Il est transporté en camions automobiles à Haironville-sur-la-Saulx. Il quitte ce cantonnement le 11 mars, et, par des marches qui le font coucher le 11 à Dammarie, et le 12 à Reffroy, il arrive le 13 à Chalaines qui doit être le lieu de repos. Ces trois journées furent très pénibles, malgré la brièveté des étapes, à cause de la grande fatigue des hommes après l'effort qu'ils venaient de fournir; en outre, le séjour en lignes, dans des conditions d'alimentation tout à fait insuffisante, a occasionné une épidémie générale de gastro-entérite qui augmente encore à l'extrême la fatigue des hommes.
           L'E-M., les 1er et 3e bataillon s'installèrent à Chalaines, le 2e bataillon à Vaucouleurs ; le régiment se reformait ainsi à côté du pays de Jeanne d'Arc ; sous cette influence, il va reprendre de nouvelles forces ; bientôt il reparaîtra sur la ligne de feu dans une gloire lumineuse.
           Le 11 avril, il reprend la route pour retourner dans la région de Verdun. Le soir, il cantonne de nouveau à Reffroy, le 12 à Guerpont, le 13 à Vavincourt, le 14 à Nicey. Tout le monde est animé d'une telle ardeur que durant ces quatre étapes, pas un traînard ne passe à la gauche de la colonne. Du 14 au 20 avril, le régiment stationne à Nicey. Le 21, il se déplace légèrement pour cantonner à Chaumont-sur-Aire. Il y reste trois jours.
           Le 24 au matin, il est enlevé en camion automobiles et débarque au Moulin-Brûlé au sud-ouest de Verdun. Du Moulin-Brûlé il gagne la Meuse par Dugny, la traverse ; le 3e bataillon s'arrête à Haudainville, l'E-M et les deux autres bataillons vont au Faubourg-Pavé où, dans la nuit du 24 au 25, le bombardement recommença de nous faire des victimes.
Verdun – La Caillette
(avril-mai 1916)
 
          Le soir même (24 avril) le colonel Bertrand, se rend avec les chefs de bataillons, commandants de compagnie, officiers chefs de section au fort de Souville, où ils sont conduits au P.C. carrières par les soins de la 4e D.I. pour reconnaître le secteur affecté au régiment. C'est le secteur célèbre et redoutable de la Caillette.
          La relève s'exécute en deux périodes ; les 1er et 2e bataillons dans la nuit du 25 au 26, pendant laquelle le 3e bataillon vient stationner au fort de Souville. La nuit suivante, il entrera en secteur à son tour. En fin de relève les positions sont les suivantes : le premier bataillon occupe le sous-secteur est au ravin des Fausses-Côtes, avec les 1ère , 3e, 4e compagnies et C.M.1. en première ligne à la tranchée Driant, la 2e compagnie se tenant en réserve à la voie ferrée près du débouché du ravin du Bazil et couvrant ainsi le flanc droit (liaison avec le 35e R.I.) ; le 2e bataillon occupe le sous-secteur centre, au ravin Goudot avec les 5e, 6e, 8e compagnies et C.M.2 en première ligne à la tranchée d'Hauteville, la 7e compagnie en réserve à la voie ferrée ; le 3e bataillon occupe le sous-secteur est au bois de la Caillette proprement dit avec les 9e, 10e, 11e compagnies et C.M.3 en première ligne au fortin Rouvès, dans les tranchées Hamons et Charlier, la 12e compagnie en réserve dans le boyau Simon, tranchée des chasseurs, couvre notre gauche, où nous sommes en liaison avec le 174e R.I. Le P.C. du colonel Bertrand est à la voie ferrée.
          Le régiment exécute ces relèves par une nuit noire, sous un bombardement d’une extrême violence et dans un terrain tellement bouleversé qu’il ne forme déjà plus qu’un chaos. A partir du fort de Souville on ne peut avancer que de trous d’obus en trous d’obus et combien de fois n’avance-t-on qu’en rampant sous la lumière impitoyable et brusque des fusées.
Tout le secteur d’ailleurs est fait de trous d’obus. Les hommes s’y tiennent comme ils le peuvent, essayant sans relâche de recreuser ce sol mouvant et de relier les trous les uns aux autres, mais à peine apparaît la forme d’une tranchée, l’artillerie ennemie exécute des tirs de destruction. De terrible ouragans de fer et de feu nivellement continuellement le terrain. Il n’existe aucun abri.
          La terre seule dans laquelle on voudrait pouvoir s’ensevelir, garantit (mais combien peu) de la mitraille. L’artillerie lourde des allemands (210, 150, 130, 105) bat systématiquement et sans arrêt tout le secteur du régiment. C’est ainsi qu’il faut vivre, avec la menace en outre, d’une attaque toujours probable. Le 170e a en face de lui la meilleure infanterie ennemie, le 9e grenadier de la garde prussienne. Tout le monde le sait. Tous, soldats autant qu’officiers, ont à cœur de dominer cette troupe orgueilleuse. La situation devenant intenable, le commandement décide la conquête d’observatoires en avant de nos lignes. Une attaque est ordonnée pour le 1er mai.