On les aura

          Du 27 avril au 1er mai, le régiment s'y prépare. Il exécute, malgré tout des travaux délicats et de nombreuses reconnaissances. C'est ainsi que, le 29 avril, la 9e compagnie capture deux prisonniers dans les environs du fortin Rouvès. Ce même jour, le colonel Bertrand, qui parcourait le secteur du régiment est blessé grièvement au ravin du Bazil où le canon frappe avec intensité. Le colonel passe son commandement au lieutenant-colonel D'Albis de Gissac, du 11e dragons qui faisait un stage au 170e.

           Du 26 avril au 1er mai, les pertes s'élèvent au chiffre d'une cinquantaine par jour sans qu'il y ait engagement, uniquement par le feu de l'artillerie. Mais le moral du régiment reste admirable.
           Le 1er mai, après une préparation d'artillerie qui nous vaut une violente riposte des grosses pièces allemandes, avant même d'avoir attaqué, le régiment a subi de cruels dommages, surtout au 2e bataillon, mais rien ne démoralise le 170e. A 18 heures, dans un ordre parfait, avec un élan et un courage magnifiques, les troupes d'assaut sortent de leurs trous ; elles se portent au-devant des grenadiers de la Garde qui se défendent terriblement. Notre résolution implacable, notre furie auront raison de leur valeur.
 
Moi, qui suis entrain de taper ce texte je ne peux m'empêcher d'avoir une pensée pour ces hommes qui, avec la peur au ventre, allaient au devant une mort plus que probable et, mettre ce récit sur la toile est une manière de leur rendre hommage !
Le 1er bataillon atteint assez rapidement ses objectifs, mais deux fois la Garde l'en chassa, deux fois il les reprend ; chassé de nouveau, il revient dans un mouvement d'héroïsme sacré et cette fois reste le maître incontesté de la terre reconquise. Les deux autres bataillons ont autant de vaillance, mais moins de bonheur. Au centre, pris à partie par de nombreuses mitrailleuses, le 2e bataillon progresse difficilement. Il doit subir enfin un tir de barrage très violent qui le met dans l'impossibilité subite de conserver les positions extrêmes qu'il avait atteintes en avant, il est vrai, des objectifs fixés. 
            A gauche, enfin, le 3e bataillon, après avoir atteint les lignes ennemies, doit en refluer à la suite d'une contre-attaque et sous un tir effroyable de mitrailleuses. Mais il revient à la charge et s'empare d'un fortin important. La nuit est venue. Dans l'obscurité on se bat à la grenade, des contre-attaques sont repoussées. Ces combats continueront pendant toute la journée du 2 mais, entremêlés de canonnades épouvantables. Le commandant de Leiris, qui commande le 3e bataillon, est blessé mortellement ; le chef de bataillon Orsel vient prendre son commandement. 
            Au cours de l'attaque, le 170e a fait prisonniers 2 officiers, 130 hommes et capturé un matériel important. Il convient de noter la collaboration du bataillon de zouaves Perrault, du 2e mixte, qui, mis à la disposition du lieutenant-colonel D'Albis de Gissac, a fait admirablement tout son devoir.
 
"TERRAIN CONQUIS, TERRAIN GARDE", c'est la devise du régiment.
Jusqu'au 5 mai, jour de la relève, il restera maître de cette parcelle du sol français qu'il saura conserver malgré qu'il soit épuisé et malgré les nombreuses et violentes contre-attaques de la Garde prussienne. 
          Le 4, à midi, le lieutenant-colonel d'Albis de Gissac tombera grièvement blessé à son tour sur la terre qu'il a conquise. Le commandant Nouvion commandera désormais le régiment. 
          Les pertes totales, avaient été de 812 hommes (187 tués dont 7 officiers, 582 blessés dont 13 officiers, 43 disparus dont 2 officiers). Mais le régiment avait écrit une page glorieuse à son histoire : la citation suivante à l'ordre de l'armée : 
"A pris part à toutes les grandes attaques de la campagne, depuis le 24 septembre 1914, et s'est constamment signalé par sa bravoure, son esprit de sacrifice, son endurance et son excellent esprit".
          Tel est le premier des titres de noblesse conféré au 170e par le commandement pendant la guerre ; l'ennemi l'avait contresigné, si l'on peut dire, en lui donnant déjà le surnom de Todenschwalben (Hirondelles de la mort).
                                                    170e R.I.
"A pris part à toutes les grandes attaques de la campagne, depuis le 24 septembre 1914, et s'est constamment signalé par sa bravoure, son esprit de sacrifice, son endurance et son excellent esprit".
 
"En dernier lieu, sous le commandement du lieutenant-colonel d'Albis de Gissac, officier supérieur d'une énergie et d'une bravoure à toute épreuve, s'est emparé, dans un élan magnifique, d'une ligne de tranchées allemandes solidement défendues dans un secteur où l'artillerie faisait rage ; s'est maintenu sur la position conquise jusqu'à ce qu'il fut relevé, cin jours plus tard, repoussant de furieuses contre-attaques et ne cédant pas un pousse de terrain."
 

          Le régiment relevé arrive à Belleray, dans la nuit du 5 au 6 mai. Il y séjourne le 6 et le 7. Puis les camions automobiles viennent le chercher le 8, à la Queue de Malar, et le débarque à Rosnes. Il y reste jusqu'au 11 mai, date où le 2e bataillon restant sur place, l'E.M. et les deux autres bataillons vont cantonner à Seigneules. C'est là que le général commandant la 48e division d'infanterie vient, le 12 dans une prise d'armes, apporter au régiment les croix de guerre si noblement méritées.

       Le 20, le lieutenant-colonel Lavigne-Delville, venant de l'E.M. du 16e corps, arrive au régiment dont il prend le commandement des mains du commandant Nouvion.

        Le 3 mai, le régiment quitte Seigneules et Rosnes pour embarquer en chemin de fer dans l'après-midi à la gare de Longeville, près de Bar-le-Duc.

 

LA POMPELLE (mai-juin 1916).

           Le régiment débarque dans la matinée du 24 mai à la gare de Fère-en-Tardenois et va cantonner : l'E.M. et le 1e bataillon à Coulonges, le 2e bataillon à Chamery, le 3e bataillon à Cohan. Le lendemain il arrive à ses cantonnements définitifs, à la lisière du camp d'instruction de Ville-en-Tardenois ; L'E.M. et le 2e bataillon logent à Poilly, le 1er à Tramery, le 3e à Sarcy. Du 26 au 31 mai, le repos continue.

Le 1er juin, le régiment est détaché de la 48 D.I. et mis à la disposition de la 67 D.I. pour faire des travaux de campagne à l'ouest de Reims. L'E.M. et le 2e bataillon se transportent à Ornes, le 1er à Les Mesneux, le 3e à Villiers-aux-nœuds. Mais ces travaux ne durent que deux jours.

        Dans la soirée du 4 juin, nouveau déplacement. La 48e division d'infanterie nous reprend. L'E.M. et la C.H.R. vont à Puisieulx, le 1er bataillon à Cormontreuil, les 2e et 3e à Taissy. Le régiment a pour mission d'occuper dans le secteur de "La Pompelle" (situé entre l'Allée noire et le Bois long) les deux sous-secteurs de la ferme d'Alger et du fort de La Pompelle.

C'est dans la nuit du 5 au 6 juin que le 170e prend les tranchées ; le 1er bataillon du commandant Nouvion occupe le sous-secteur de La Pompelle, le 2e bataillon du capitaine De Ladevèze celui de la ferme d'Alger, la 10e compagnie se rend aux abris du pont Couraux et le reste du 3e bataillon du commandant Orsel demeure à Taissy, en réserve de division.

        Dans la nuit du 18 au 19, il ira relever le 1er bataillon qui descendra prendre les mêmes emplacements, en laissant la 3e compagnie dans les abris de la 10e. Le P.C. du colonel est à Puisieulx. Le secteur est d'un calme presque parfait. On travail à perfectionner l'organisation sans que l'ennemi, qui cependant nous voit bien, cherche à nous troubler. Les voitures viennent en plein jour à Puisieulx, et même au besoin jusqu'au pont Couraux. On met à profit ce calme, que le médecin chef Fournereaux qualifie de "déconcertant", pour apprendre aux hommes à se défendre contre les gaz délétères ; le secteur est abondamment pourvu de tous les appareils et de toutes les installations de tranchées nécessaires à cette défense et tout le monde se trouve ainsi mis au courant, dans les meilleures conditions, des procédés reconnus vraiment efficaces contre l'empoisonnement et l'asphyxie. Pendant les vingt jours que le régiment reste dans cette région, il a 2 tués et 7 blessés.

         Dans la nuit du 25 au 26 juin, il est ramené à l'arrière. Les 2e et 3e bataillons vont coucher à Rilly-la-Montagne ; le 1er bataillon et L'E.M. se rendent droit à Cumières, où, le lendemain, le 2e bataillon vient le rejoindre, pendant que le 3e bataillon gagne Hautvillers. Cette période de repos sur les bords de la Marne, dans un site charmant, durera jusqu'au 11 juillet. Les hommes en jouissent à leur aise, faisant fête au vin de Champagne, qui le leur rend de tout son esprit.

 

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