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APRES LE BATAILLON VOINOT, LE BATAILLON BIARD.

LA RELEVE
 
 
          Un important renfort s’est embarqué à Alger le 3 juillet 1951 sur le S/S Sontay. Débarqué à Saïgon le 1er août, il est ensuite acheminé par voie maritime au Tonkin. Il y rejoint le 4/7 R.T.A. le 19 aôut. Il compte quatre officiers, les capitaines Martelli et Good, les lieutenants Brechat et Marinelli, trente et un sous-officiers et trois cent huit tirailleurs.
 
          Le 4/7 R.T.A. n’est pas inconnu de ces personnels venus d’A.F.N. et notamment des cadres et tirailleurs du 3e R.T.A dont la deuxième compagnie, en garnison à Télergma, l’avait hébergé pendant son transit des F.F.A. en Indochine. Sa cohésion, son dynamisme, qui avait étonné le chef d’état-major de la division de Constantine, invité à Télergma en un repas de corps, en font un des plus beaux fleurons du G.M.N.A D’Haïphong à Hanoï, le trajet par voie ferrée, dans un train modèle "Far-west" dévoile un théatre d’opérations bien différent des terrains d’Afrique du Nord, d’Italie, de France ou d’Allemagne. Mais nos tirailleurs, qui en ont vu d’autres, ne s’étonnent qu’à demi. Avec ses bambous, ses mares, sa pagode, ses aréquiers, ses paillotes, sa popote (aux menus arrosés d’une effroyable mixture de vin rouge concentré qu’il faut délayer dans de l’eau), ses pankas actionnés par des coolies, Xuan-Duc accueille les nouveaux venus.
           C’est le gros village où le 4/7 R.T.A. est au repos. Depuis la fin juillet 1951, la relève s’effectue par détachement. Celui-ci est le plus important, permettant la relève des sous-officiers et des tirailleurs en fin de séjour. Mais , si la troupe et les sous-officiers du bataillon Voinot Partent, les officiers eux, sont maintenus pour assurer l’instruction des renforts. Les exercices de cadres se succèdent. L’intruction de la troupe est intense.
           Le 1er septembre , le capitaine Sauget arrivé au bataillon fin juillet, prend le commandement de la 1ère compagnie, le capitaine Martelli celui de la C.C.B. et le capitaine Good celui de la 4ème compagnie. Le 12 septembre le capitaine Biard venant du 7ème R.T.A. de Trèves est affecté comme capitaine adjoint. Il prendra le commandement du bataillon fin octobre. Le lieutenant Chiaramonti (dit Chiara) venant également du 7ème R.T.A. rejoint la 1ère compagnie et le lieutenant Naudin la 3ème compagnie.
           On a beau être au Tonkin, il ne s’agit pas d’oublier l’Aïd-el-Kebir, célébré comme il se doit avec des moutons venant d’Australie.
 
          Le colonel Edon, commandant le G.M.N.A. assiste à ces festivités et fait la connaissance des nouveaux venus. Du 12 au 18 septembre, pendant six jours, l’amalgame se poursuit. Des exercices du P.C. vérifient le bon fonctionnement des transmissions, le contenu du dodge d’allégement des compagnies est revu pour en diminuer le volume et le poids. C’est fou ce que l’on peut entasser sur un dodge 6x6 ! Les sorties de compagnies permettent aux nouveaux venus de se familiariser avec le terrain du delta tonkinois. Il forme une immense plaine découverte, plus ou moins riche, boueuse ou innondée, découpée en damiers par des cours d’eau et par leurs digues, piquetées de villages qui se présentent de loin comme de gros boqueteaux et qui, en fin de compte, constituent le plus souvent les objectifs des attaques.

          La rizière entoure impitoyablement les villages. La progression y est assez facile en saison sèche mais sans points hauts pour l’observation. C’est plus souvent un marécage,  mais aussi un véritable lac d’où émergent des villages. Elle est cloisonnée de diguettes qui offrent un cheminement, parfois un abri, mais, toujours un emplacement pour une base de feux. Les villages, de forme incohérente, parfois ceinturés de véritables douves, toujours coupés de mares et de haies sont d’un accès difficile. Mieux vaut y pénétrer difficilement en franchissant la haie de bambous qu’y pénétrer par la porte piégée. Les haies de bambous se succèdent jusqu’aux lisières opposées.

           De paillotes en paillottes la fouille est lente, les champs de tir y sont réduits et il faudra fouiller les mares où se cachent les armes. Chaque compagnie dispose d'un Dodge. Mais hélas ! compte tenu du terrain, les unités ne le verront pratiquement jamais en opération. La logistique et l'allègement sont donc assurés par des coolies porteurs. En principe une cinquantaine par compagnie, ce sont d'anciens prisonniers viets, "en stage de rééducation librement consenti" suivant l'expression du capitaine commandant la 4e compagnie. Ils suivent, sous bonne garde, en deuxième échelon et rejoignent le soir les unités. C'est pittoresque, non prévu au tableau de dotation fixé par l'état-major de l'armée, mais extraordinairement efficace. Ils contribuent également au ravitaillement puisqu'il y a des poissons et des canards. 

          Les anciens font part de leur expérience, évoquent les "coups durs", mais la présence du "Roi Jean" au poste de commandant en chef a redonné espoir et vigueur. En octobre 1950 le viet-minh avait infligé aux troupes de l'Union Française un grave échec dans le nord du Tonkin.
 
          "Il avait annoncé qu'il serait maître d'Hanoï pour le nouvel an vietnamien (février 1951). Non seulement ce fut un échec sanglant en janvier 1951, à Vinh-Yen notamment où le bataillon s'était illustré, mais encore le viet-minh perdait avec les opérations "Méduse"et "Reptile", en avril et mai 1951, et allait perdre en septembre et octobre de la même année, avec les opérations "Citron et Mandarine" les principales positions qu'il avait réussi à maintenir et enkyster dans notre dispositif, à l'intérieur du delta tonkinois. Deux mille kilomètres carrés et 950.000 habitants passent, au total, sous notre contrôle" (1)

          Le 18 septembre, nos camarades artilleurs arrivent au P.C. du bataillon. L'apparition du D.L.O. (détachement de liaison et d'observation) signifie toujours la fin du repos et la reprise des opérations. Il s'agit de nettoyer toute une région à une trentaine de kilomètres au nord-ouest de d'Hung-Yen d'où émergent les villages de Que-Lam, Hoang-Chan, Phu-Man, Ban-Dien, Phu-An. Le 4/7 R.T.A. aux ordres du capitaine Guillon doit reconnaître et nettoyer cette zone où plusieurs centaines de viets ont séjourné. Le 20 septembre, c'est la première opération de "rodage" du nouveau bataillon. La fouille des villages autour du poste de An-Thi ne donne rien, si ce n'est la récupération d'un important stock de documents. 300 V.M. auraient quitté la veille, dans la nuit, ce groupe de villages d'après les renseignements recueillis auprès des suspects arrêtés. Le bataillon se regroupe le 22 septembre au poste d'An-Thi d'où il était parti. Les 23 et 24 septembre1951, de nombreuses reconnaissances préparent la mise en place de l'opération "Citron". Le capitaine Guillon est convoqué au P.C. du G.M. (l'ex G.M.N.A.). Il s'y rend avec le lieutenant Ougier, officier de renseignement du 4/7 R.T.A.

          L'opération est retardée à cause d'un typhon signalé par la météo. Elle débutera dans la deuxième partie de la nuit du 24 au 25 septembre. Les choses sérieuses vont commencer.

 

 

 

OPERATIONS CITRON" et "MANDARINE"

 

          Le 25 septembre 1951, le bataillon quitte ses cantonnements d'An-Thi entre 2 et 4 heures du matin, par unités successives suivant les difficultés de l'itinéraire de chacune d'elles, la base de départ de l'opération ayant été fixée sur la route partant de Cao-Xa vers le nord pour 5h30. L'opération "Citron" a pour but de fouiller les villages du secteur où les viets-minh seraient retournés, d'après les renseignements de bonne source obtenus après l'opération infructueuse du 20 septembre. Au cours de la progression de nuit, les deux compagnies de tête , la 1ère commandée par le capitaine Sauget et la 4ème aux ordres du capitaine Good, précédée par la compagnie de supplétifs du lieutenant Buschiazzo, marchant en colonnes par un sur les diguettes pour la mise en place de l'opération, sont violemment accrochées en lisière des villages de Tra-Bo pour la 1ère et de Long-Cau pour la 4e. Ces villages reconnus la veille ont donc été occupés dans la première partie de la nuit par de forts éléments viets. La surprise est totale. A la 1ère compagnie le lieutenant Chiaramonti commandant un groupe de deux sections, s'est porté sur les hameaux du village de Tra-Bo, appuyé par les feux de la section lourde de la compagnie malgré une vive résistance adverse.

        Entraînant ses sections à l'assaut du hameau de Ban-Diem il oblige l'ennemi à se replier sur Phu-Man. Se portant à l'est de Phu-Man, il installe ses éléments de tête au bord de l'arroyo, sous un tir violent d'armes automatiques adverses, interdisant ainsi tout franchissement des viets.

 

 

(1) Maréchal Jean de Lattre -Ne pas subir- Ecrits 1914-1952 Plon éditeur pages 507 et 510.

 

  Par les généraux Good et Mary et les colonels Chiaramonti, Moreau et Antoine.