7e RTA 4e baton de marche fanion recto

              On se reçoit entre compagnies. Les cuisiniers et les "beps" des popotes se surpassent pour régaler les invités. La 4e compagnie a une sérieuse réputation pour la qualité de son canard à l'orange et la fraîcheur de ses boissons. Une glacière portative, transportée par des coolies relayables, a été mise au point par l'adjudant de compagnie Achaou et confiée à la garde du tirailleur Tagane. Cet ensemble, partie intégrante de la section de commandement et du P.C., fait l'objet de soins attentifs et jaloux. La 1ère compagnie, commandée par le capitaine bourguignon Sauget est réputée pour la qualité de ses vins. La compagnie de supplétifs reste fidèle aux menus vietnamiens. Quant à la 2e et à la 3e compagnies, elles n'ont pas encore trouvé leur "assiette", mais cela ne tardera pas. Par contre, au P.C. du bataillon, la cuisine est succulente. Un coolie, jeune et distingué, baptisé Firmin, sert à table de façon parfaite. Le champagne a remplacé définitivement l'effroyable mixture proposée par l'intendance. On ne dira jamais assez les prodiges d'ingéniosité et de dévouement dont a fait preuve pendant toute cette campagne, aussi bien au repos qu'en opérations, l'adjudant Scheubel, officier d'approvisionnement. Toutes nos commandes ont été honorées et livrées en temps voulu, même dans les moments les plus difficiles et parfois critiques.

             Après 4 jours de repos et de remise en ordre, le bataillon repart pour les opérations "Tulipe", "Canard", "Calcaires" qui nous amènent dans la région de Cho-Ben, région nouvelle à l'ouest du Day, où se terminent les rizières, au pied des hauteurs culminant entre 300 et 400 mètres. Massifs calcaires, découpés en dents de scie, d'un accès difficile et périlleux. Des postes en béton, véritables casemates style ligne Maginot, quadrillent cette zone. Pour l'instant, il s'agit de donner de l'ait à cette région et de rallier de nouveaux villages qui semblent mal supporter la présence vietminh. Ces opérations dureront du 10 novembre au 7 décembre 1951.  

            De villages en villages, de raids en raids, au pied des calcaires, nous canalisons l'exode d'une nombreuse population qui fuit. Elle est évacuée à l'est du Day. Le génie complète, améliore ou renforce les points d'appui. Vers le 22 novembre, nous récupérons de nombreux suspects dont les ravitailleurs des compagnies régionales 38 et 40. La 4e compagnie s'installe dans le village abandonné de Chu-Nam qu'elle transforme en P.A. Le 24, nous apprenons qu'un P.A. tenu par une compagnie de marocains et une compagnie de légion a été pris dans la nuit. Cette très mauvaise nouvelle stimule l'organisation du terrain, l'amélioration des champs de tir, le renforcement des abris enterrés, la mise sous casemate de l'A.N.G.C.R. 9 qui, compte tenu de l'éloignement, doit communiquer en graphie avec le P.C. du bataillon. Le lieutenant Jolibois, dit "Bois mignon" (D.L.O.) est détaché à la 4e compagnie. Les tirs d'arrêt sont préparés, baptisés et prêts à être déclenchés. Le 25, des barbelés, des piquets et des vivres sont largués par parachutes au profit de la 4e compagnie. Il faudra de gros efforts pour récupérer et transporter tout ce matériel parfois profondément enfoncé dans la rizière inondée. Les tirailleurs rivalisent avec la section de supplétifs (anciens viets pour la plupart) pour l'organisation du terrain. Sous le ciel tonkinois les emplacements réglementaires d'organisation du terrain de l'armée Française s'inspirent de plus en plus du trou viet ou "trou bouteille". Il faut avouer qu'il a fait ses preuves.  

            Cette implantation en P.A. change nos habitudes de nomadisation offensive et nous le fait mieux apprécier. Le 27 novembre, la 1ère compagnie accueille le sous-lieutenant Huetz, nouvellement affecté au bataillon. Le 30, le commando Vandenberg est mis à la disposition du bataillon. Dans la nuit du 1er au 2 décembre il doit passer à la proximité de la 4e compagnie pour effectuer une reconnaissance dans les calcaires. Ce commando formé par son chef a été recruté par lui-même uniquement parmi d'anciens viets dont il a gardé la tenue noire et le casque de bambou tressé. Un dispositif d'identification et de recueil est mis en place par la 4e compagnie. Vers minuit, Vandenberg prend un pot au P.C. pendant une courte pose de son commando dont il faudrait écrire l'histoire. Avec une pareille unité tout est possible. Le 6 décembre, au sud-ouest du village tenu par la 4e compagnie, le commando Vandenberg accroche une compagnie viet dans le village d'Ai-Nang. L'artillerie appuie Vandenberg, le Morane règle les tirs et 30 V.M. sont tués. Le 8 décembre, le 4/7 quitte le sous-secteur de Cho-Ben pour d'autres aventures.

          Nous nous retrouvons le 9 décembre à proximité d'Hadong dans le village de Mai-Linh en état d'alerte. Il n'est plus question d'aller au repos. Le 10, départ pour Nam-Dinh où le bataillon s'installe en bivouac sur l'ancien terrain d'aviation. Bivouac classique, guitounes alignées, mais les coolies construisent en une après-midi une paillote pour le capitaine, insigne du 7e dessiné sur le sol.    

           Le 11 décembre, le 2/1 R.T.A., autre bataillon du G.M.1, rejoint Nam-Dinh et s'installe à côté du bataillon. Le lieutenant-colonel de Castries, commandant le G.M.1 inspecte le bivouac et participe au repas de corps au restaurant Van-Hoa.    

           Fête du Mouloud le 12 décembre, mais le P.C. du bataillon avec la 1ère compagnie ainsi que la 2e, embarquent d'urgence pour dégager le poste de Yen-Bai encerclé par un bataillon viet. L'affaire se présente mal. Accroché au village de Yen-Khoai, décrochage des deux compagnies avec l'appui de 3 chars M 5. Le caporal Demiche de la 1ère compagnie est tué, 2 tirailleurs blessés. Mitraillage par la chasse. Le méchoui sera tout de même pris à minuit. Le 14 décembre, nouvelle opération de dégagement du poste de Yen-Bai avec l'appui de deux batteries de 105. Le poste est dégagé à 11 heures. Les villages avoisinants sont fouillés, les blessés du poste évacués sur Nam-Dinh. Trente V.M. fraîchement enterrés, tués par les tirs d'artillerie sont dénombrés. Visite de la cotonnière de Nam-Dinh dont la direction ouvre son club au officiers du 4/7 R.T.A.

            Inspection du bataillon par le colonel Sizaire, commandant de la zone sud, débarquant de Phat-Diem, le 21 décembre. Le 23, les 3e et 4e compagnies aux ordres du capitaine Good, effectuent une tournée de nettoyage des villages au sud de Nam-Dinh. Après 14 jours de bivouac style "armée d'Afrique", le bataillon quitte Nam-Dinh pour Hanoï, en remontant le fleuve rouge. La "Royale" assure ce transport en L.C.T. La 4e compagnie et le P.C. du bataillon font mouvement par la route coloniale n°1. Le 24 décembre des G.M.C. amènent le bataillon en direction de Sontay. Ils s'installent en alerte dans le village d'Aï-Mo. Le capitaine Good a reçu du Périgord quelques mets spécifiques que l'on déguste à la popote pour le réveillon. Noël de guerre… on ne veut pas trop y penser.      

           Le 30 décembre, le bataillon est enlevé en camion et débarque à l'ouest du village de My-Khé. Un poste, dans le Ba-Vi, à la cote 546, tenu par une compagnie de légion, a été pris et occupés par les viets. Il faut reprendre ce poste. Le 31 décembre, la 4e compagnie renforcée par le commando et par un peloton blindé aux ordres du sous-lieutenant de Pirey, doit atteindre la cote 425, objectif intermédiaire, avant d'aborder la cote 546 occupée par les viets.  

            La paysage a totalement changé. Nous ne sommes plus dans la rizière mais dans un massif montagneux et très boisé, le Ba-Vi, où une station d'altitude culmine à 1281 mètres. Elle servait autrefois de lieu de villégiature. Ce massif domine la route provinciale n°89 qui va de Bat-Bat à Tu-Vu, à lest de la rivière noire, entre Viet-Tri et Hoa-Binh.

              Notre avancée sur la rivière noire gêne les viets. Ils réagissent vigoureusement. Le plafond est bas. Il pleut. La progression sur un chemin unique, serpentant au milieu d'un massif boisé difficilement pénétrable, est périlleuse. Peu ou pas d'appui de feu. Seul un dispositif en échelon refusé de part et d'autre de la piste, offre un minimum de risques, et puis, en avant, on verra bien, mektoub ! L'ouïe et la vue aux aguets, la progression est vivement menée.   

            La cote 425 est atteinte. La 4e compagnie s'y installe en P.A. Elle est rejointe par le colonel commandant le G.M.N.A. (qui mène l'opération), le colonel commandant le G.M. 7 (à qui appartenait la compagnie qui occupait le poste de la cote 546) et le capitaine Biard, commandant le 4/7 R.T.A., suivi des autres compagnies du bataillon.    

  

Par les généraux Good et Mary et les colonels Chiaramonti, Moreau et Antoine.