7e RTA 4e bataillon andré mardini

La R.C. 6 et Hoa-Binh (janvier-février 1952)

         Après les sombres péripéties du Ba-Vi, le bataillon avait quitté sans regret les cotes 564 et 425. Le brouillard s'étant enfin levé, nous avions pu admirer le somptueux panorama qui s'étendait à nos pieds jusqu'à la rivière Noire. Le repos à Aï-Mo fut de courte durée.

         Le 12 janvier, les G.M.C. du train viennent nous chercher. Nous embarquons, direction la R.C. 6. Malgré l'état de la piste, à peine empierrée, le convoi roule normalement. Le camion sur lequel a pris place le lieutenant Antoine de la 4e compagnie donne des signes de faiblesse. Le conducteur marocain range son véhicule sur le bord du fossé alors que le reste du convoi double allègrement. Pas de doute, comme toujours, "c'est la bogie, alors la boubine!". Après quelques manipulations, malhabiles et des jurons qui sont peut-être en la circonstance, incantatoires, le miracle se produit et le camion condescend à repartir. Mais le convoi est loin et à la première "patte d'oie", perplexité ! Sur les deux pistes scrutées avec intensité, nulle poussière au loin, ne poudroie, qui pourrait indiquer la direction prise par le bataillon. Ams, stram, gram… on prend celle de droite.

         Après quelques kilomètres, elle a le bon goût de devenir si torturée, si cahotante et si herbue, qu'il devient évident que l'on s'est fourvoyé. Retour au carrefour. Piste de gauche. Après une demi-heure de route, le lieutenant Antoine retrouve le bataillon déjà entrain de monter les guitounes. Il saute à terre sous l'œil narquois du capitaine Biard, commandant du bataillon, qui murmure quelque chose où il est question des jeunes officiers qui confondent la carte du Delta avec le plan du métro et qui iraient ainsi, aussi bien chez les viets ! Le bataillon s'installe en bivouac au carrefour de la R.C. 6 (Hanoï – Hoa-Binh) et de la R.P. 24 (Sontay – Cho-Ben). De magnifiques pancartes flèchent ces quatre sections. Nous sommes à proximité du poste de Xuan-Maï, près du terrain d'aviation. Depuis la mi novembre 1951, une opération éclair a été menée sur Hoa-Binh, en territoire Muong, carrefour important , sous le contrôle du viet-minh depuis un an. C'est l'axe principal de liaison des unités viets avec l'Annam et l'une des plaques tournantes de la moyenne région, deuxième objectif du général de Lattre dans son plan en trois extensions.

         Actuellement, la R.C. 6, qui serpente entre deux rangées de pitons sur près de 50 kilomètres, de la trouée de Cho-Ben à la limite du delta Tonkinois jusqu'à la rivière Noire, où se trouve la cuvette de Hoa-Binh, est sans cesse coupée par les viets. Le G.M. 3 du colonel Vanuxem, constitué de bataillons Muong a été renforcé par le G.M. du colonel Clément constitué de la 13e D.B.L.E. et surtout du valeureux colonel Ducournau, parachuté sur Hoa-Binh pour dynamiser ses unités devenues des groupes "immobiles" et coordonner les actions du commandement un peu "flottant". Les deux groupes mobiles sont encerclés par des régiments viets et leur ravitaillement s'avère de jour en jour plus difficile. Il ne peut être question de s'en remettre aux seuls parachutages pour l'assurer. C'est donc dans le but de ravitailler par voie de terre ces bataillons et d'assurer la protection de ce cordon ombilical que constitue la R.C. 6 de Cho-Ben à Hoa-Binh, que l'opération d'ouverture de cette voie est déclenchée. Il faut ouvrir la R.C. 6, ravitailler nos troupes encerclées à Hoa-Binh et récupérer notamment le très important stock de parachutes immobilisé. Ouvrir la R.C. 6 c'est s'opposer à la volonté farouche des viets qui encerclent Hoa-Binh et veulent réduire sa garnison. Ils veulent triompher sur La R.C. 6 comme ils triomphèrent sur la R.C. 4, dont les noms de Cao-Bang, Dong-Khé, That-Khé, Langson sont encore présent dans toutes les mémoires.

          Mais c'est sous-estimer le sens manœuvrier du général de Linarès, commandant le Tonkin, la volonté farouche des unités d'appliquer la devise du général de Lattre "ne pas subir", la valeur et les rivalités d'unités commandées par des chefs tels que le colonel Gilles, adjoint opérationnel du général commandant les F.T.N.V., patrons des paras, les colonels de Castries (G.M.1), Vanuxem (G.M.3), appelés les "colonels d'armée" du général de Lattre, et les chefs de bataillon de ces corps d'élite, parachutistes, légionnaires, tirailleurs nord-africains et Muong. Les jours qui suivent sont consacrés aux travaux de débroussaillements, aux reconnaissances et ouvertures de route dont il est prudent de varier à chaque fois l'heure, le sens, la formation, le volume, pour ne pas permettre à l'adversaire de déceler le moindre indice de routine. Les interventions sont fréquentes pour dégager des unités du bataillon ou du G.M.1 patrouillant aux abords de la R.C.6.

          Le 13 janvier, les unités du bataillon s'installent et commencent à débroussailler les abords de la route. Dés le 14, des patrouilles vont reconnaître les premiers villages de la moyenne région, Dong-Sam et Nhuan-Trach. A midi , la 2e compagnie, (lieutenant Jarrige) et la 4e compagnie (capitaine Good), aux ordres du capitaine Rousseau, capitaine adjudant-major du bataillon sont envoyés au village de Dong-Thui où des patrouilles du 2/6 R.T.M. sont fortement accrochées. Deux sections de la 4e compagnie sont prises à partie dans le village mais parviennent à décrocher.

Elles subissent toutefois des pertes. Le caporal-chef Barillet, fraîchement arrivé à la compagnie est tué, ainsi qu'un tirailleur et deux autres tirailleurs sont blessés. Le village semble occupé par un important élément viet. Après les manœuvres classiques d'approches et de débarquement, l'artillerie et l'aviation interviennent massivement. Après ce matraquage, le groupe de partisans de le 2e compagnie pénètre dans le village mais il est encore accroché par des îlots de résistance viet-minh. Les deux compagnies reçoivent l'ordre de décrocher en fin de journée et reprennent leurs emplacements sur la base de départ de l'opération. Opération qui est reprise le lendemain 15 janvier. Tout le bataillon y participe. La 3e compagnie (lieutenant Chiaramonti) réussit par une manœuvre particulièrement difficile, à déborder et à anéantir des éléments viets placés "en sonnette" et pénètre la première dans le village, faisant des prisonniers et récupérant les corps du caporal-chef et du tirailleur tués la veille. Un des blessés V.M. prisonnier est aussitôt interrogé. Il déclare faire parti du régiment 57 dont 3 compagnies ont participé à l'embuscade de la veille. De nombreuses tombes fraîches témoignent de l'ampleur des pertes ennemies. Des armes sont récupérées et des lignes téléphoniques détruites prouvent que l'occupation du territoire par les viets n'était pas toute récente. Le 17 janvier, ce sont la 1ère compagnie (commandant Sauget) et la 2e compagnie qui sont mises en état d'alerte pour dégager une section du 2/6 R.T.M. tombée dans une embuscade au village de Doi-Mau alors qu'elle effectuait sa jonction avec l'ouverture de route du poste voisin. Cette intervention rapide leur a permis de récupérer le lieutenant Sicard, l'un des rares rescapés et de ramener les cadavres de deux tirailleurs marocains, après un bref accrochage. La 3e compagnie est placée en embuscade au pont 4 et la 4e compagnie occupe un piton qu'elle aménage en point d'appui. Le lieutenant Lepesant , chef de poste du 2/6 R.T.M., fait prisonnier par les viets la veille s'évade dans la nuit et rejoint notre ouverture de route. Cet officier "sportif" et courageux est, le lendemain, de passage au bataillon.

Par les généraux Good et Mary et les colonels Chiaramonti, Moreau et Antoine.