7e RTA 4e baton de marche Insigne surmoulé André Mardini

               La R.C. 6, jusqu’à présent orientée ouest-est, se dirige maintenant vers le sud. Le paysage est plus dégagé. On respire. Dans la vallée coule la rivière Noire que longe la R.C. 6 à l’est, dominée par un massif boisé que nous occupons et dont les sommets culminent à environ 500 mètres. A l’ouest de la rivière Noire, le massif du Nui-Co, plus élevé mais moins boisé, nous fait face. 500 à mille mètres séparent ces deux massifs de part et d’autre de la rivière Noire. La 4e compagnie, on ne sait pourquoi, a hérité d’un canon de 75 sans recul. Mis en batterie sur le sommet du piton, il effectue quelques "tirs de fonctionnement" dans le massif du Nui-Co. On se serait bien passé de cet impedimenta que l'on maudira dans quelques jours.

         Le 18 février, la 2e compagnie (lieutenant Antoine) et la 3e compagnie (lieutenant Chiaramonti), restés à Ao-Trach où elles ont essuyés des tirs de mortier, rejoignent à pied, sous les ordres du capitaine Rousseau, les unités Muong du colonel Vanuxem à Ben-Ngog. La circulation sur la R.C. 6 est intense dans les deux sens. C'est à croire que tout le corps expéditionnaire va visiter Hoa-Binh et ses environs !

         Le 19 février, la 3e compagnie et une compagnie de Muong d'emparent du "piton chevelu" dominant la position de Hoa-Binh à 2 kilomètres au sud-est de Ben-Ngog. Vers dix heures, dans la vallée un violent tir de mortiers s'abat sur la C.B des Muongs, incendiant 2 véhicules. L'artillerie et les chars interviennent : la C.L.S. et le reste du bataillon rejoignent la position et s'installent mettant immédiatement les mortiers en batterie. Le P.C. Biard se met en place. La 2e compagnie qui, pour cette opération, a installé de petiotes embuscades dans les vallées alentour, se regroupe ensuite et reçoit l'ordre de se porter sur la cote 25 dominant la rivière Noire face à Hoah-Binh. Du fait de la végétation luxuriante, folle et drue, la découverte d'une cote aussi "élevée" n'est pas chose facile. Après quelques tâtonnements, la 2e compagnie se retrouve sur le "sommet", aveugle, au milieu d'herbes plus hautes que l'homme.

         En 48 heures, il faut, simultanément, se donner de la vue, dégager des champs de tir, installer un réseau de barbelés et s'enterrer. Mais dans le même temps, il faut aussi assurer la surveillance des abords, effectuer des reconnaissances, mettre en place des "sonnettes", toutes dispositions qui mettent à l'abri des mauvaises surprises.

         Tel est le lot habituel de toutes nos compagnies. Mauvaises surprises que nous redoutons, car il est manifeste que les viets "grenouillent" autour des P.A. du bataillon. A chaque instant, une patrouille rend compte d'une observation insolite, une sonnette se fait "allumer" et signale un mouvement furtif, des ombres qui s'évanouissent, des casques clairs qui disparaissent… Le harcèlement au mortier est intermittent. Ceux qui sortent rapportent des tracts incitant les tirailleurs à la désertion.

         La 3e compagnie, de son côté, s'installe en défensive dès son arrivée au sommet du "piton chevelu". Barbelés, munitions, outils de parc lui sont montés d'urgence. A 15 heures le chef du bataillon, le capitaine Biard, inspecte la position avec le lieutenant Chiaramonti, en compagnie du colonel commandant l'artillerie qui est venu se rendre compte sur place du plan de tirs de barrage prévu en cas d'attaque de ce poste avancé, position clef de la défense du camp retranché de Hoa-Binh.

         Cette reconnaissance n'était pas inutile car quelques heures plus tard, une écoute radio, interceptée par le P.C. du G.M. 1, annonce l'attaque du "piton Chevelu" pour le soir même. La 3e compagnie est en alerte, les "sonnettes" sont doublées. Vers 21 heures, le P.A. est tâté mais la riposte est immédiate et un violent barrage d'artillerie dissuade l'adversaire. Le calme revient peu après et l'on dénombre un seul blessé. Le 21 février, la 3e compagnie envoie des patrouilles sur les pentes de sa position. Celles-ci ramènent des tracts rédigés en langues française, arabe, allemande et vietnamienne. Le 22 février, le P.C. du colonel de Castries (G.M. 1) s'installe au P.C. du bataillon. On est donc là pour quelques jours encore. Le P.A. de la cote 25 où la 2e compagnie s'organise, a déjà belle allure. Le commandant du bataillon vient le visiter. A partir d'une haie Morin qui renforce les barbelés, les vues sont dégagées jusqu'à soixante mètres et l'on aperçoit maintenant très bien la R.C. 6, la rivière et le paysage au-delà, vers l'ouest. Les emplacements de combat sont solides et reliés par un réseau de boyaux. Les postes radio sont à l'abri. Les tirailleurs ont accompli un travail considérable en peu de temps dans un terrain, il est vrai, malléable.

Par les généraux Good et Mary et les colonels Chiaramonti, Moreau et Antoine.