7e RTA 4e baton de marche Insigne surmoulé André Mardini

         Le patron me confie le commandement de la C.B. opérationnelle, ce qui ne manque pas de provoquer chez moi une certaine déception. Celle-ci est vite reléguée au second plan lorsque le soir même nous nous retrouvons au Ritz, dans une atmosphère de potaches en goguettes. Le capitaine Martel prend le commandement de la 2e compagnie, le lieutenant Jarrige, blessé le 9 février ne rejoignat plus le bataillon.

         Le 1er mars, le lieutenant Dufossé, blessé le même jour, rejoint le bataillon et prend les fonctions d'officier de renseignements, en renplacement du lieutenant Lajouanie. Ce jour-là, le bataillon reçoit les colis de Noël envoyés par le 2/7 R.T.A. à tous les officiers, sous-officiers et tirailleurs. Ce geste des anciens est très apprécié, même si la date est quelque peu dépassée. Hanoï, capitale du Tonkin, nous accueille avec ses grandes avenues, son grand lac en pleine ville, son majestueux palais du gouverneur, sa citadelle P.C. du général de Linares, son quartier chinois, ses cyclo-pousses, son club avec piscine et tennis, ses cafés, ses magasins de souvenirs, son artisanat, ses restaurants et son hôtel de prestige "le Métropole". Le restaurant de l'hôtel est certainement une des meilleures tables d'Hanoï. Le chef de bataillon et ses commandants de compagnie y déjeunent ou y dînent très souvent.

         Le restaurant "la bonne casserole" est tenu par un ménage européen qui nous régale parfois. Et puis il y a le bar "Au Normandie" tenu par Betty où l'on boit des pots bien frais et, en particulier, un excellent Alexandra. On est sûr d'y rencontrer des camarades d'autres unités et d'y échanger nos impressions. Que de "secrets militaires" a dû connaître Betty ! Des chanteurs ou des acrobates, venus de métropole, nous divertissent comme ils peuvent dans quelques boîtes de nuit. Pour éviter les allées et venues trop fréquentes entre Hanoï et Da-Si, les officiers du 4/7 louent une villa meublée qui leur sert de base arrière. Fermée pendant les absences du bataillon, elle est réactivée par le petit personnel dès notre arrivée. Faire le plein du réfrigérateur de bouteilles de champagne "Mumm Cordon rouge", la marque préférée du colonel Dulac, chef d'E.M. du général de Linares, que notre chef de bataillon (dont il est le "poulain") invite souvent à la villa, est la consigne permanente. C'est un souci supplémentaire pour le capitaine commandant la base arrière de Gialam ; mais qui n'a pas ses soucis ?

         Mais on ne peut pas être en permanence à Hanoï. Il faut bien retrouver nos unités dont s'occupent remarquablement les lieutenants en premier. Le capitaine commande pendant les opérations, le lieutenant en premier expédie les affaires courantes au repos. Pourquoi ne pas perpétuer cette tradition de l'armée d'Afrique, n'est-ce pas Antoine ? Un beau soir, un officier brandit à la popote un exemplaire de "Paris-Match" qui titre en première page : "les nuits angoissées d'Hanoï". Hilarité générale. "L'angoisse c'est de savoir si l'on aura assez de piastres pour payer les frais de séjour du repos d'Hanoï" s'exclame le toubib en ricanant.

"Docteur, j'ai vu nos blessés à l'hôpital d'Hanoï". Les commandants de compagnie et les chefs de section sont également allés les visiter. Ils ont bon moral et il leur tarde de rejoindre leurs camarades.

         "Dites-moi, messieurs les commandants de compagnie, vous me ferez ce soir le point des re complètements en vivres et en munitions sans oublier l'état de l'armement. La base arrière prendra demain livraison de l'armement à réparer et l'échangera nombre pour nombre. Il en sera de même pour les postes radio et pour l'habillement. Et puis il faudra refaire un peu d'instruction pour tirer les enseignements de nos engagements. Ce soir je vous fixerai les points qui me paraissent essentiels". Ce sont là les directives de notre chef de bataillon pour ne pas nous laisser sombrer dans la "dolce vita".

         Le 4 mars, une imposante prise d'armes se déroule à Hadong. Tout le groupe mobile est rassemblé sur le terrain d'aviation. Les troupes sont présentées au général de Linares qui remet les insignes d'Officier de la Légion d'Honneur au capitaine Biard. Nous communions avec lui dans la pensée des épreuves passées et de la mort de son frère. Nous ne pouvons nous défaire de l'image de ceux pour qui la vie s'est arrêtée sur la R.C. 6. Lajouanie est là, avec nous…

C'est ainsi que 14 jours passent très vite et, dès le 10 mars, le bataillon quitte Da-Si en camions pour être engagé dans l'opération "Amphibie".

GROUPE MOBILE N°1

Capitaine Biard André – 4/7e R.T.A.

Magnifique Officier qui n'a jamais cessé depuis son arrivée au Tonkin d'affirmer ses qualités exceptionnelles de chef. Vient à nouveau de se distinguer du 18 au 24 février 1952, dans la région de Ben-Ngoc. Chargé de coordonner l'action de deux bataillons, s'est emparé de tous ses objectifs et les a conservés en dépit de violentes réactions rebelles. Ayant couvert le franchissement de la rivière Noire par nos troupes d'Hoa-Binh, a ensuite exécuté une brillante manœuvre parfaitement coordonnée et énergiquement commandée, forçant l'adversaire à relâcher son étreinte, sous la violence et la précision de ses feux. A montré au cours de ces durs combats un courage calme et tranquille sous les bombardements d'une violence exceptionnelle.

Décoré à Ha-Dong le 4.3.52 par le général de Linares, commandant les F.T.N.V.

Par les généraux Good et Mary et les colonels Chiaramonti, Moreau et Antoine.

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