Le 26 mars à 7 heures, des éléments de la 2e compagnie sont accrochés. Le bataillon se met en bouclage mais sans résultat. Franchissement du pont de singe le 27, pour assurer la liaison avec les amis du nord. Le 28 mars, la 3e compagnie opère avec le 2/6 R.T.M. et la 2e compagnie est encore violemment accrochée. Le même jour, un groupement composé des 1re et 4e compagnies aborde le village de Duong-Thong. La 1re compagnie à droite du dispositif se heurte à une unité viet dans une pagode à l'entrée du village et décelée par la 2e compagnie. L'artillerie et la chasse (T6) interviennent. La 2e compagnie essaie de parvenir à la pagode mais est fortement contre-attaquée. Des patrouilles de la 4e compagnie sont également accrochées. Un civil capturé déclare qu'il y a environ 500 viet-minh dans le village.

         La 4e compagnie déborde le village par le sud le long d'une diguette située à une centaine de mètres des lisières et s'installe en base de feu au profit de la 1re compagnie pendant que deux de ses sections aux ordres du lieutenant Antoine poussent 2 à 300 mètres plus loin pour tenter de pénétrer simultanément dans le village par une succession de trois petits "carrés" faits de maisonnettes et de jardins séparés les uns des autres par une trentaine de mètres de rizière.

         Le petit groupement dans le premier jardinet et se fait "allumer" en approchant du deuxième : un blessé. Par bonds successifs, le deuxième jardinet est atteint et ses deux ou trois maisons occupées. Les viets se replient. Même mouvement en direction du troisième et dernier hameau. Les viets tiennent bon. Le groupe de tête du sergent Viaud, parvient à prendre pied. Des trous viets, émergent les têtes de petits hommes aux petits casques légers vert pomme. Le sergent Viaud rafale avec son groupe. Seul un tirailleur qui n'a pas saisi, leur demande : "c'est quelle compagnie ?". Il est aussitôt blessé et le sergent également gravement atteint au ventre. La récupération du groupe démantelé et l'évacuation des blessés ne sont pas une mince affaire.

         Il y a là 30 mètres mortels à franchir pour les mettre à l'abri dans le hameau précédent. Malgré l'appui de la compagnie, les viets bien enterrés tirent à raz de terre sur la petite rizière. Il faudrait rendre ici hommage à un tirailleur, petit caporal-chef, décidé et toujours volontaire pour tout, à qui le sergent doit la vie. Combien il est regrettable qu'une mémoire "d'ancien" n'en ait pas retenu le nom…

         Le capitaine Good donne l'ordre de tenir dans le deuxième réduit, en attendant que l'artillerie et l'aviation interviennent. Le village est sans doute occupé par deux compagnies. Sur la direction principale, la 1re compagnie a donné l'assaut. Le lieutenant Lefin et le lieutenant Mary, qui, pour son arrivée au bataillon se trouve servi. Tout le long de la ligne de village, chacun est plus ou moins accroché.

         La base de feu de la 4e compagnie continue d'arroser les lisières au mortier et à la mitrailleuse. Le capitaine Good fait mettre en batterie le canon de 57 sans recul de l'unité. Un pet ridicule propulse le projectile à quelques mètres où il s'enfonce mollement et bêtement dans la boue de la rizière deux mètres plus bas. Les charges propulsives humides et détériorées par les plongeons obligatoires des servants dans la vase, sont impuissantes à maintenir l'obus sur sa trajectoire. On parlera longtemps du canon à tir courbe de la compagnie… Les 1re et 2e compagnies parviennent à prendre pied à la faveur des appuis mais de nombreuses armes automatiques viets tirent encore des lisières jusqu'à la nuit et le gros du bataillon est dans l'impossibilité de les aborder. La 2e compagnie décroche de la pagode et part renforcer le 2/1 R.T.A. Le lendemain, 29 mars, le village est occupé. Les viets ont décrochés dans la nuit laissant sur le terrain 150 tués et entre nos mains 20 prisonniers dont deux officiers, un important armement dont deux mortiers. Mais le bataillon déplore 10 tués et trente blessés.

         Cette fois le lieutenant Moreau y croit et il l'avoue  : "le 28 mars tout change, lorsque la compagnie de tête bien engagée dans le village de Duong-Thong se fait violemment accrocher par une unité viet. Le combat est des plus acharné et malgré l'importance des moyens mis en œuvre il faudra attendre la tombée de la nuit pour contrôler toute l'agglomération. Les pertes de notre côté ne sont pas négligeables et je revois encore, trente ans plus tard, les corps de ces braves tirailleurs que l'on évacuait pour les diriger ensuite sur Hanoï, en pensant que parmi eux quelques-uns peut-être avaient vu mettre un terme à leur existence après avoir parcouru le long et difficile chemin qui devait les mener d'un douar algérien, ici, après les campagnes de Tunisie, d'Italie, de France et d'Allemagne.

        

7e RTA 4 bataillon de marche en Indochine

Le lieutenant Moreau à toujours eu des états d'âme. C'est son côté autonomiste breton et résistant, un peu "anar", admirateur de Léo Ferré, de ses poèmes et de ses chansons. Mais entonnez "la Marseillaise" et il vous couvrira de sa voix de baryton. Peut-être parce que c'est un chant révolutionnaire ? Devant le drapeau français il restera des heures au garde-à-vous. Il est ainsi le camarade Moreau, et nous l'aimons bien tel qu'il est.

         Le 30 mars à 8 heures, les compagnies font mouvement sur An-Boi. Le chef de bataillon prend liaison avec les paras pour préparer leur relève. Le groupe Deporter de la C.L.S. tente un coup de main de nuit. Il se trouve pris entre 2 compagnies V.M. mais réussit à se dégager en abattant une dizaine de viets. Dans l'action 3 supplétifs ont disparus.

         Jusqu'au 5 avril, les fouilles, les embuscades et les patrouilles se poursuivent. Le sergent-chef Larcher est tué le 31 mars, dans la nuit, pendant son service de quart.

Par les généraux Good et Mary et les colonels Chiaramonti, Moreau et Antoine.

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