7e RTA 4e baton de marche Insigne surmoulé André Mardini

         Le 5 avril, le chef de bataillon me fait part de sa décision de me confier le commandement de la 2e compagnie. La satisfaction que j'en éprouve est toutefois tempérée par la peine que cela ne peut manquer au capitaine Martel. J'ai pour cet officier le plus grand respect et chacun connaît sa valeur. Il a l'estime de tous, qu'il s'agisse de ses camarades officiers ou de ses subordonnés. Le patron auquel je fais part de mes scrupules m'explique que les graves blessures qu'il a subies pendant la guerre, l'ont diminué physiquement et que le commandement de la C.C.B. qu'il vient de lui confier conviendra mieux à son état. Rien ne m'autorise à affirmer le contraire et cette manière de voir me satisfait. Le rythme imposé aux groupes mobiles par le commandement, ne donne guère à ceux qui crapahutent dans la rizière le loisir de s'abandonner à la méditation ou aux considérations d'ordre philosophique. Je bénis le chef de bataillon de m'avoir permis pendant ces trois semaines passées à la tête de la C.C.B. de mieux prendre connaissance des problèmes sur la guérilla viet. La compagnie qui m'est confiée, à l'image de toutes celles qui composent le bataillon, est digne de la glorieuse tradition du 7e R.T.A.  L'encadrement en officiers est hélas réduit à sa plus simple expression, puisque nous ne sommes que deux. Le lieutenant Dubos, mon adjoint, est depuis plus de deux ans en Indochine et connaît à merveille son métier et le Tonkin. Sa collaboration m'est particulièrement précieuse. L'encadrement en sous-officiers, sur le plan quantitatif, n'est guère plus brillant. Dieu merci, ils sont de première qualité, malgré l'usure physique qu'entraîne pour eux un séjour d'un, voire de deux ans en opération. Il en est exactement de même pour les tirailleurs parmi lesquels se trouvent encore pas mal d'anciens de la campagne d'Italie, de braves chibanis auxquels on peut et on ne manque pas de tout demander. Mais là encore la même ombre au tableau, celle des effectifs puisque la moyenne par section se situe entre 20 et 25, cadres compris. Cette pénurie est toutefois un peu compensée par l'existence d'un cinquième élément de manœuvre, la section de partisans. De formation militaire assez sommaire et peu motivés sur le plan moral, ces supplétifs, à défaut de pouvoir être utilisés d'une manière conventionnelle, sont très précieux dans les missions d'éclairage et même de reconnaissance. En résumé, l'outil de travail dont j'ai la charge est excellent, comme les autres unités du bataillon qui sont logées à la même enseigne. A moi de savoir m'en servir.

         Du 7 au 10 avril, les fouilles continuent. Les pionniers récupèrent trois fusils et capturent 1 sous-lieutenant viet, le 7 avril, la 2e compagnie fait 7 prisonniers dont 6 sont blessés et récupèrent 3 fusils, le même jour. Un des supplétifs capturé par les V.M. le 30 mars s'est évadé et rejoint la C.L.S. Le 8 avril, à nouveau 10 prisonniers et 50 suspects arrêtés. Le lendemain encore 60 suspects et 2 réguliers.

         Le 10 avril, 300 viets sont signalés à Trung-Don. La C.L.S. et la 2e compagnie sont violemment accrochées. La C.L.S. perd son poste de radio et se trouve sans liaison. Le combat se traduit par un violent corps à corps. Le lieutenant Mazeris, commandant la C.L.S. et le sergent Tritter sont blessés ainsi qu'un sous-officier et un tirailleur de la 2e compagnie. Au cours de ces dix derniers jours, les viets ont eu, face au bataillon de l'ordre de 40 tués et 70 prisonniers, ils ont perdu une trentaine d'armes, 7000 suspects ont été contrôlés.

         Tous ces mouvements dans la zone d'opération "Mercure" au sud et au sud-est de Thai-Binh, ont désorganisé l'implantation viet-minh et permis aux autorités civiles et administratives de reprendre le contrôle des populations. Les cadres du bataillon ont découvert l'une des régions les plus riches du delta. Sa richesse, pour ne pas dire son opulence, éclatait au travers du mobilier et du décor des maisons en dur, de vraies villes et non plus des paillotes, et c'est dans un authentique pousse-pousse, tiré par un coolie, que le commandant de la 4e compagnie s'est rendu à une réunion de commandants de compagnie au P.C. du bataillon.

BAPTÊME DU FEU D'UN JEUNE OFFICIER AU 4/7 R.T.A.

         Le 20 mars, accompagné du capitaine Martelli, le lieutenant Mary, nouvel arrivé, rejoint le bataillon en opérations. Sorti des écoles, bourré de principes, mais n'ayant aucune expérience du combat, le lieutenant Mary rejoint son ancien chef du G.I. au 7e R.T.A. Le capitaine Biard et ses camarades Antoine et Dufossé. L’accueil est chaleureux, l’affectation rapide : affecté à la 1ère compagnie commandée parle lieutenant Lefin. Le premier repas se passe au P.C. du bataillon ; il est copieux. "C'est pourquoi je pense, le capitaine Biard propose une promenade digestive. Nous nous dirigeons vers la C.L.S. où sont montrés au capitaine, les cadavres de quelques rebelles abattus en fin de matinée". Le jeune arrivé fait sa première expérience… La digestion s'effectue très vite. Il rejoint son unité en cours d'après-midi. Le contact avec le lieutenant Lefin est agréable. Se retrouver sous les ordres d'un combattant expérimenté est réconfortant. Ayant fait les campagnes d'Italie, de la libération et d'Allemagne à la tête d'un corps franc le lieutenant Lefin à toutes les qualités d'un chef. La formation d'un nouvel arrivé va être entreprise sur le champ. Complètement innocent, ne connaissant rien du combat et de la compagnie, le lieutenant Mary est installé, seul au milieu de l'église de Mac-Ha. L'ordonnance, avec beaucoup de soin, installe lit et paquetage. Etre seul au milieu d'une église vide dans laquelle le moindre bruit s'amplifie et se répercute n'a rien de très réjouissant mais le repas du soir permettra sûrement de faire plus étroite connaissance.

         Malheur le commandant de compagnie est convié au bataillon pour le repas du soir, le nouveau restera seul. Le dîner est vite expédié, l'inquiétude commence à gagner à l'approche de la première nuit passée sur le terrain. Voulant rester digne, le nouveau chef de section se retire dans sa chambrette ! Une église pour lui tout seul… Le sommeil arrive enfin mais pour peu de temps. Des tirs d'armes individuelles et d'armes automatiques se déclenchent. Ils sont rapidement couverts par des tirs d'artillerie qui semblent tout proches. Le vacarme dans l'église est insupportable. L'ordonnance a vite rejoint son chef et ouvert le poste de radio. Le P.C. veut savoir ce qui se passe. Le nouveau est rapidement mis à l'épreuve. Vous dire ce qu'il a fait et dit à ce moment là est impossible… Plus rien ne reste de cette première expérience.

         Les tirs se sont calmés ; la nuit a été longue et tendue… Mais le soleil du 21 est reparu. La belle expérience de la veille avait été montée de toute pièce ! On avait testé "le nouveau". L'intéressé n'a jamais connu le résultat de ce contrôle de connaissance. Au bataillon on s'était bien détendu. Quelques jours après commençait l'opération "Mercure" le vrai baptême du feu allait être donné au nouvel affecté. Une fois encore il allait ne rien comprendre…

 

Par les généraux Good et Mary et les colonels Chiaramonti, Moreau et Antoine.