7e RTA 4e baton de marche Insigne surmoulé André Mardini

            Le capitaine Biard se rendant compte de la situation, donne à nouveau l’ordre de replier le dispositif pour laisser intervenir la chasse sur Duc-Tai (20 chasseurs T6) et 16 bombardiers B 26 sur Trac-Nhiet. Les bombardements s’effectuent à 16 heures.

         Les villages ennemis donnent l’impression d’être complètement détruits. Le matraquage par l’aviation et l’artillerie permet de supposer qu’après une telle avalanche de bombes et de napalm aucun être humain n’a pu y survivre. C’est bien mal connaître les viets car notre tentative en direction de l’objectif va être accueillie par une réaction aussi violente que la précédente.
           Il est 16 heures 45 quand le lieutenant Lefin levant sa canne s’écrie "en avant" ; c'est l'assaut. Les 1re et 2e section de la 1re compagnie s'élancent à travers un champ de maïs. Toutes les armes crachent ; on aperçoit des viets filant vers le sud sur la digue du canal des Rapides. Le P.C. de la 3e compagnie est adossé à la digue où l'antenne du poste radio doit servir de repère aux viets qui concentrent sur celui-ci un tir d'armes automatiques et d'obus de mortiers. Le lieutenant Chiaramonti fait replier l'antenne et profite du remblai qui le protège des tirs directs pour déplacer son P.C., en rampant au sud de la rizière. C'est alors que débouche des lisières sud-est de Trac-Nhiet une section de volontaires de la mort (ces commandos viets hurlant et tirant l'arme à la hanche) traversant la digue. Les chars M5 du groupement mobile les stoppent net par leurs rafales de mitrailleuses bien ajustées.
           A la 1re compagnie, le caporal-chef Merrade prend le commandement de son groupe car le sergent Kandouci vient d'être tué dès le départ de l'assaut, d'une balle en plein front. Plusieurs tirailleurs sont blessés par des éclats de mortiers, un jeune caporal européen arrivé depuis trois jours seulement à le crâne littéralement ouvert. Pourtant derrière Lefin en train de fumer sa pipe, pistolet au poing, la progression continue. Les lisières du village sont atteintes mais en les franchissant l'adjudant Madec, chef de la première section, saute sur une mine. Le lieutenant Lefin prend sa place, installe ce qui reste de la 1re section à gauche pendant que le lieutenant Mary regroupe la 2e section à droite.
           La tête de pont dans le village est créée, mais pour peu de temps. Les viets contre-attaquent.Tout de suite le lieutenant Lefin reçoit une rafale dans le ventre. Les tirailleurs tiennent encore mais sont inquiets. La compagnie est à bout de munitions. Djafer, chef de groupe de protection du lieutenant Mary lui dit : "mon lieutenant ça va plus. Y en a plus de cartouches…" Les viets avancent… heureusement, une fois encore, le peloton de chars M5 du G.M. vient au secours de la 1re compagnie, comme il vient de la faire pour la 3e compagnie quelques instants auparavant, et la dégage.
           Un obus de rocket viet ricoche sur l'un des chars et vient éclater un peu derrière la section du lieutenant Mary qui reçoit un de ses éclats dans le foie. Les tirailleurs n'ont pas bronché ; ceux qui ont encore des munitions tirent toujours. Une deuxième contre-attaque viet s'amorce. A bout de munitions, ayant perdu la moitié de ses effectifs, le peloton se replie. Calmement les tirailleurs reviennent sur la base de départ ramenant, sous la protection du peloton de M5, blessés et matériel. Les blessés sont acheminés vers l'arrière tandis que tous les hommes valides reviennent aux postes de combat face à Trac-Nhiet.
           Le lieutenant Chiaramonti, privé de sa radio de commandement pendant cette phase du combat, assiste impuissant à la mêlée confuse qui se déroule sous ses yeux. Quand il rétablit le contact, c'est pour apprendre par le P.C. du bataillon que son camarade Lefin vient d'être tué et le lieutenant Mary blessé. Bloqué par les feux très meurtriers des armes automatiques et des mortiers adverses qui lui causent des pertes sévères, le lieutenant Chiaramonti essaye de stopper un mouvement de panique qui s'empare de certains éléments du 2e peloton de la 1ère compagnie qui refluent vers lui, mouvement heureusement enrayé par les sous-officiers de ce peloton. Saluons ici le courage du jeune sous-lieutenant Huetz de Lemps, O.R.S.A. volontaire pour l'Indochine qui, à ce moment là se retrouve à la tête d'une valeureuse 1re compagnie bien meurtrie.
           En fin de journée, la 3e compagnie qui s'est accrochée au terrain, réussit à dégager la 1re compagnie et à ramener de nombreux blessés. Il revient à la mémoire du lieutenant Chiaramonti la réflexion de son camarade au colonel de Castries l'avant veille au soir. Blessé dans son orgueil de combattant d'élite plus que dans sa chair, le lieutenant Lefin a-t-il voulu refuser l'échec après le 2e assaut ?

Par les généraux Good et Mary et les colonels Chiaramonti, Moreau et Antoine.

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