On les aura

         Le capitaine Leca, commandant du 1er bataillon, ayant été muté au 13e R.I., le commandement du bataillon est pris par le chef d'escadrons de La Ferronnays, adjoint au colonel.
        Le 31 octobre, le régiment se prépare à prendre part à une attaque générale de la division sur la forteresse de Banogne.
      Le 1er novembre, à 10h30, le 170e attaque à cheval sur la route Le Thour-Banogne. Le 2e bataillon en tête, les compagnies partent résolument à l'assaut malgré le feu des mitrailleuses et un barrage d'artillerie très dense sur les tranchées. Sous ce feu meurtrier la progression est très difficile sur le plateau dénudé ; cependant, malgré l'épaisseur des réseaux, la compagnie Gireme atteint le moulin et y pénètre quelques instants. La 7e compagnie progresse lentement au milieu des trous d'obus sur la droite de la route, mais elle ne peut franchir les réseaux intacts.
       Les lieutenants Delerme et Schommer sont tués au cours de l'attaque, et nos hommes ne pouvant, malgré tout leur courage pénétrer dans Banogne, s'abritent comme ils le peuvent dans une terre détrempée, argileuse et gluante. De 13 heures à 13h30, l'artillerie fait une nouvelle préparation sur le village ; mais toujours les mitrailleuses ennemies sont intactes et le 2e bataillon ne peut avancer. Le régiment s'organise sur le terrain conquis.
       Le 2, le bataillon Ourta (3e/170) est mis à la disposition du lieutenant-colonel commandant le 409e R.I. pour aider l'encerclement du village. A 12 heures, après une courte préparation d'artillerie, l'infanterie attaque. La compagnie Lafont débouche et arrive péniblement aux lisires sud du village. La compagnie Sicard sous la violence du tir ne peut déboucher. A la faveur de la nuit, les compagnies regagnent leurs positions de départ qu'elles organisent les deux jours suivants en vue de reprendre l'attaque. Le régiment occupe alors les tranchées K1, K2 et K3, sur la droite du secteur.
        Le 4, l'artillerie ennemi est d'une activité extraordinaire. Le soir, on perçoit au loin le bruit de fortes explosions ; plusieurs foyers d'incendie s'allument. Des ordres font prévoir un recul de l'ennemi.
       Le 5 novembre, à 5h30, la progression commence malgré la résistance des arrières-gardes ennemies. A 12 heures, le bataillon de tête parvient sur la ligne des crêtes au nord-est de la ferme Ruisselois. A 15h40, le régiment reçoit l'ordre de poursuivre sa marche en avant, mais la pluie et la nuit rendent la manœuvre difficile, aussi les bataillons stationnent-ils sur place.
       Le 6 à l'aube, on reprend la progression qui, à 7h45, nous mène à Seraincourt. A 10h15, on atteint le bois de Logny-lès-Chaumont et malgré un tir de mitrailleuses, la progression reprend. On franchit le Jarrin…; à 17 heures, le régiment s'empare de Chaumont-Porcien occupé par des civils. Le régiment y stationne la nuit. Le 7, la progression reprend par des chemins boueux et défoncés. Par Pagant, La Place à Lys, la Romagne, nous arrivons vers 13 heures à Montmeillant. Le 170e occupe une partie du village et la ferme Mainby. Il y reste le 8 et le 9, travaillant au rétablissement des voies de communication. C'est là qu'enfin nous parvient la nouvelle, qui nous semble presque invraisemblable, de la demande d'armistice de l'ennemi.


RETOUR VERS LA PAIX


       Le 10, ayant accompli sa tâche, le régiment est retiré de la lutte et revient vers l'arrière par Herpy et Condé-lès-Herpy. Le 11, les hommes repassent l'Aisne, le cœur rempli d'une joie profonde ; l'armistice est signé, tout le monde rêve déjà du retour au foyer.
      Le régiment s'en va prendre à Trépail un repos bien gagné. C'est là que le général Maistre, commandant le groupe d'armées du centre, lui remet la Fourragère aux couleurs de la médaille militaire.
La campagne si glorieuse du 170e R.I. était terminée.