7e RTA 4e bataillon en Indochine (andré mardini)

         Pendant ce temps là, la 2e compagnie progresse avant que les viets aient pu se ressaisir aprs le bombing aérien à la corne nord-ouest de Trac-Nhiet et les sections Dubos et Litzelman réussissent à occuper une pagode à cette extrémité du village mais ne peuvent pénétrer à l'intérieur de Trac-Nhiet. Informé des pertes subies par la première compagnie et de la mort de son camarade et compatriote Lefin, le lieutenant Moreau fait replier ses deux sections de tête et les installe en couverture de la 1re compagnie. Une nouvelle intervention de la chasse et des B 26 se déroule à 18 heures. La nuit arrive, il faut prendre ses dispositions.
            Le 2/1 R.T.A. en réserve jusqu'à présent est envoyé en renfort. Tout le groupe mobile s'installe en pleine rizière. Les trous sont creusés avec une soif de vengeance terrible. Les viets ont subi des pertes considérables et ceux qui sont encore valides vont tenter de profiter de la nuit pour s'infiltrer au travers du dispositif de bouclage.
             La 1ère compagnie panse ses blessures. La 3e compagnie qui a elle aussi, payé un lourd tribut, rejoint le P.C. Bataillon à Mo-Dao, en réserve et assure sa protection. Les 2e et 4e compagnies et la C.L.S. s'installent en bouclage pour la nuit dans la rizière autour de Trac-Nhiet. Une mesure judicieuse de notre chef qui va tromper le viet. Au lieu d'organiser le bouclage à la lisière du village, "les pieds au sec", les compagnies s'alignent pleine rizière passant la nuit à plat ventre dans l'eau, mis à part ceux qui trouvent un petit tertre de quelques tombes, quand même humide. L'ennemi est tellement persuadé que nous sommes restés accrochés aux lisières du village qu'il tire dessus au mortier. La nuit est tombée, les sonnettes partent
           A l'image de la garde de l'Empereur à Waterloo, le lieutenant Moreau adopte le dispositif de déploiement en carré. Après la rude journée que nous venons de vivre, il craint que ses hommes recrus de fatigue n'aient tendance à s'endormir. En réalité, la tension est telle que chacun garde l'oreille tendue, craignant de se laisser surprendre. Rien ne se passe jusqu'à environ 3 heures du matin, au moment où le lieutenant Dubos signale à son commandant de compagnie qu'il a le sentiment d'avoir entendu des bruits suspects en direction du village de Trac-Nhiet. L'un des tireurs au F.M. a lui aussi senti qu'il se passe quelque chose d'anormal et de sa propre initiative déclenche le tir, aussitôt imité par tous ses voisins. Surpris les viets qui manifestement , ne s'attendent pas à notre présence en rase campagne, tombent dans notre dispositif de bouclage. Tomber est le mot puisque un brouillard intense s'étend sur la rizière. Ils tentent de s'enfuir dans tous les sens. Quelques uns, un peu moins affolés, essayent de pénétrer à l'intérieur du dispositif mais sont aussitôt abattus ou fait prisonniers. Sachant par expérience que les petits hommes verts savent très vite s'adapter aux situations les plus périlleuses , le lieutenant Moreau demande au D.L.O. le capitaine Marragi, de déclencher les tirs de barrage prévus en sa faveur.
            Mais le D.L.O. n'est guère enthousiaste craignant de les appliquer sur le dispositif de la compagnie qu'il situe assez mal sur le terrain dans le brouillard et la nuit. Le lieutenant Moreau insiste, car au fur et à mesure que le temps passe les éléments adverses sont plus importants à se heurter à son dispositif en pleine rizière et que, passé le premier moment de flottement, ils ne vont pas tarder à s'organiser et à réagir. Finalement, le capitaine Marragi se laisse convaincre et déclenche les tirs d'arrêt qui tombent pile où ils avaient été prévus.
            Le lieutenant Moreau jubile. En face c'est la cohue la plus indescriptible. A la lueur des explosions d'obus, on devine les viets courir dans tous les sens, spectacle qui mérite d'être signalé car il n'était pas si courant à cette époque. D'autant plus qu'au bruit de cette galopade, vient s'ajouter les commandements hurlés par les cadres qui semblent avoir perdu le contrôle de leurs hommes. A ces cris se mêlent également les appels angoissés des blessés et les plaintes des agonisants. Aucun doute nous sommes tombés sur un très gros morceau et le lieutenant Moreau entend profiter de cette occasion pour asséner à une unité viet enfin à découvert le maximum de coups. De son côté le capitaine Good a installé sa compagnie entre deux digues, au plus près de Trac-Nhiet, où le moindre tumulus est occupé par les armes automatiques et par le P.C. très réduit de la 4e compagnie.

Par les généraux Good et Mary et les colonels Chiaramonti, Moreau et Antoine.

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