Croutoy

Allocution prononcée à Croutoy le 9 juin 1985
          Une fois de plus nous voici réunis à l'initiative de M. le Maire de Croutoy pour commémorer les combats du 9 juin 1940 il y a 45 ans jours pour jours.
        Au nom du 170e R.I. qui retarda ce jour là l'avance allemande, je voudrais remercier et féliciter M. le Maire d'entretenir ce souvenir particulièrement cher chez les générations qui n'ont connu ni la guerre ni l'occupation.
            L'amour de la Patrie est un sentiment sacré qui ne doit pas tomber en désuétude faute de quoi on risque de se réveiller un beau jour sous la domination étrangère, la liberté perdue dont on ne mesure tout le prix que lorsqu'elle n'existe plus.
          Un pays qui ne veut pas se défendre, cela se dit et cela se sait, et il devient une proie toute trouvée pour celui qui, dans l'ombre, guette toute défaillance. Un pays qui veut se défendre, cela se dit et cela se sait, il est respecté et personne ne songe plus à attenter à sa liberté et à son indépendance.

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         Ce que fut le combat de Croutoy, je vais vous le rappeler, mais je vais le placer dans le contexte général des armées françaises et dans le contexte particulier du 170e R.I. et même de la 11e division.
         Début juin 1940, les armées du Nord étaient encerclées, la petite armée belge avait capitulé et la petite armée anglaise réembarquait pour continuer éventuellement la lutte sur son sol. Quant à l'ennemi, il bordait la Somme, l'Ailette et son canal, à 20 km au nord d'ici, ainsi que l'Aisne au nord de Soissons.
         En raison de la faiblesse des effectifs, et surtout de la supériorité des chars allemands, le général Weygand, au lieu d'une défense par lignes successives et des positions en bretelle susceptibles de participer à des contre-attaques, le général Weygand, commandant en chef, avait prescrit par tout une défense composée de points d'appui en quinconce susceptibles de tirer dans toutes les directions contre les chars ou l'infanterie, ravitaillés en munitions et vivres de façon à pouvoir tenir plusieurs jours. Points d'appui en général de l'importance d'une compagnie au moins (d'où les infirmiers n'auraient pas dû être exclus…). Il s'agissait en somme de canaliser les chars et l'infanterie dans les intervalles séparant ces points d'appui (P.A.).
Les localités, ou parties de localités, sont toutes désignées pour ce genre de point d'appui, les bois aussi, encore que les élagages signalaient à l'aviation ces points d'appui. Les points d'appui en rase campagne, par contre, restaient vulnérables aux chars.. Il est facile à un char de franchir les tranchées, et les armes antichars n'étaient pas nombreuses. Mais en raison de la faiblesse des effectifs, cette défense ne pouvait être profonde – tout juste deux lignes de P.A. par régiment – et, à l'arrière, il aurait fallu des chars en réserve pour cueillir les chars ennemis à la sortie, sur les flancs de leur progression.
         Heureusement, les chars allemands n'attaquèrent pas partout. Ils ne feront quelques percées redoutables à partir des fronts nouvellement constitués et dont il a été parlé : Somme, Ailette, etc. Ce ne sont donc pas des chars, mais de l'infanterie auxquels vont avoir affaire la majorité de ces fameux quinconces.
Colonel Bontemps


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