On les aura

         Dans la nuit, le 2e bataillon du 170e, relevé par le 31e B.C.P., va cantonner à Septmont. C'est là que le lendemain le général Degoutte, commandant le 21e C.A., vient remettre des récompenses : la croix de la Légion d'honneur au lieutenant de Beaucorps, de la 5e compagnie, et la médaille militaire au sergent Laurent, de la 6e compagnie, et au caporal Gaudet, de la 5e compagnie; et un certain nombre de croix de guerre.

         Jusqu'au 22 octobre, alors que le 2e bataillon se repose à Septmont, les 1er et 3e bataillon restent en ligne ; l'attaque ne devant avoir lieu que le 23.

         Le 22, à l'exception des C.M.1 et C.M.3, qui restent pour appuyer l'attaque par leurs tirs indirects et qui ne rejoindront que le 26, le régiment se rassemble à Venizel et à Billy-sur-Aisne. Le froid est vif, il gèle dur et les villages aux trois quarts détruits n'offrent d'autres abris que les maisons aux toits troués, aux murs crevés de toits d'obus où le vent souffle lugubre et saisissant. Les mieux logés sont encore ceux qui occupent quelques baraques mises à notre disposition près de la grande route. Il s'y ajoute pour eux l'attrait de voir passer, allant vers Soissons, les interminables colonnes de prisonniers faits par le 21e C.A.

         Le 25, le colonel Tisserand quitte le régiment et passe le commandement au lieutenant-colonel Charlet, de la légion étrangère.

         Le 30, le régiment quitte l'Aisne pour aller dans la région de Meaux reprendre ses cantonnements de repos du mois précédent. La route se fait par étapes ; il cantonne le 30 : E.M., C.H.R. à Louatre ; 1er bataillon, à Violaine : 2e bataillon, à Ancienville ; 3e bataillon , à Villers –le-Petit.

         Le 1er novembre : E.M, C.H.R., 3e bataillon à Mareuil sur Ourcq ; 1er bataillon à Fulaines ; 2e bataillon à Montigny-Lalier. Le 2 novembre : E.M., C.H.R., 2e bataillon à Varreddes ; 1er bataillon à Marcilly ; 3e bataillon, à Barcy. Dans la région de Meaux se trouvent réunies les quatre divisions du 21e C.A. qui prendront dans ce beau pays un repos bien mérité.

         Dés son arrivée, le régiment s'y organise de bons cantonnements. Chaque homme a sa couchette avec paillasse et sac de couchage. Pour rattraper le retard, le taux des permissions est porté à 50%. L'effectif restant suffit juste à assurer le service existant et à fournir aux cultivateurs l'aide qu'ils demandent. Toutes ces raisons, ajoutées à l'acceuil sympathique de la population qui est heureuse de voir revenir le régiment, concourent à faire de ce séjour un de ceux dont le régiment gardera le meilleur souvenir. Le temps qui s'était maintenu au beau pendant la plus grande partie du mois se refroidit dés la fin de novembre et c'est par un froid très vif que le 4 décembre le régiment s'embarque à la gare de Meaux, direction de l'Est…

Regroupement dans la région de Luxeuil

(décembre 1917)

          Le 6, à 2 heures du matin, le premier train arrive en gare de Luxeuil (Haute-Saône) ou la division doit prendre des cantonnements d'attente avant de monter dans un secteur des Vosges. La terre est couverte de neige et le froid autrement plus vif que dans la région de Meaux. Péniblement, dans la nuit, le bataillon, qui a détaché en avant ses fourriers, gagne Fontaine-les-Luxeuil. Ce n'est pas sans inquiétude qu'on arrive dans un village à 4 heures du matin au mois de décembre pour faire un cantonnement. Comment serons-nous reçus ? Et trouverons-nous seulement un abri contre le froid ?

         Cette inquiétude, heureusement n'est pas de longue durée. L'accueil le plus cordial est fait à ce 170e qui est aussi un peu du pays. Les bons poêles s'allument dans toutes les maisons, le kirsch emplit les petits verres et le soleil qui se lève voit les nouveaux venus installés comme chez eux. Les cantonnements sont ainsi répartis : E.M., C.H.R, 1er bataillon à Corbenay ; 2e bataillon, à Fontaine-Lès-Luxeuil ; 3e bataillon, à Les Chavannes.

         Huit jours après, le 14, la division qui a reçu l'ordre d'aller prendre le secteur du Linge au Bonhomme se met en route sur Gérardmer. Nous allons donc voir les Vosges que le 170e ne connaît pas et d'où cependant il tire son origine. Les Vosges que tous désirent connaître sur la foi des récits qu'en font les anciens du régiment Mais, faire traverser les Vosges en hiver, par la neige, à un régiment avec T.C., T.R., etc, ne va pas sans difficultés. Et tous se souviendront de la montée du Val-D'Ajol à Remiremont , de Gérardmer à la Schlucht, des escarpements du lac Daren, etc.

         Alors plus d'un a maudit les beautés du paysage qui faisaient peiner durement ceux qui ont un sac sur le dos.

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