On les aura

Mais voici que le 11 juillet, il faut quitter ce séjour aimable. On va prendre le chemin de fer à Epernay. Destination inconnue… 

Ce sont les grandes batailles de Picardie qui attendent le 170e.
    
  
EN PICARDIE. LA BATAILLE DE LA SOMME.
(août-septembre 1916).
  
          Le régiment débarque le 12 juillet, dans la matinée, à la gare de Fouilloy. Il cantonne le jour même : E.M. et 3e bataillon à Hescamp-Saint-Clair, 1er bataillon à Frettemolle, 2e à Fouilly.
              Le 14 juillet il fait mouvement : E.M. et 1er bataillon à Saint-Aubin-Montenoy, 2e bataillon à Bougainville, 3e à Gouy-l'Hôpital. Il se déplace de nouveau le 20 juillet, passe la nuit à Saleux et à Salouel, arrive le 21 à Sains-en-Amiénois, où s'arrêtent l'E.M., les 1er et 3e bataillons, le 2 étant à Cottenchy. Le 23 nouveau départ ; on va au camp 61, au Hamel : le lendemain au camp de Cerisy-Gailly, où l'on bivouaque. Du 24 au 30 juillet, le 170e séjournera dans les baraques de ce camp. Le 30, il se rend à Etinehem, où il s'installe en cantonnement d'alerte, mais il devra rester douze jours avant de recevoir des ordres.
  
Attaque de la tranchée d'Heilbronn (12 août 1916)
  
          Dès le 9 août, le 3e bataillon était monté au moulin de Fargny, en réserve de la 14e D.I. Mais il n'avait pas été utilisé. 
          Le 11 août le régiment quitte Etinehem et, après un arrêt de quelques heures à Suzanne, va dans la nuit du 11 au 12 occuper un secteur entre la route de Curlu à Cléry et la Somme, à la hauteur de la ferme de Monacu. Il est rattaché à la 14e division d'infanterie. En fin de relève les positions sont les suivantes : le 2e bataillon (commandant de Ladevèze) occupe le secteur situé entre la Somme et la route de Monacu-Cléry. Le 3e bataillon (commandant Orsel) occupe le secteur entre la route Monacu-Cléry et 50 mètres au sud de la route Curlu-Cléry, en liaison à gauche avec le 60 R.I, le 1er bataillon (commandant Nouvion), en réserve, occupe dans les anciennes premières lignes (carrière Apau) les emplacements du 3e bataillon du 174e. Un canon de 37 est placé au carrefour des routes Curlu et Monacu, Maurepas ; les deux autres, dans nos anciennes tranchées de première ligne. Le P.C. du colonel est à la corne nord du bois Fromage. Il a à sa disposition deux compagnies du 54e territorial pour les corvées et la police des tranchées, un peloton de la compagnie 16/62 du génie pour les travaux à exécuter.
            Dans la journée du 12, le régiment reçoit l'ordre d'attaquer les deux lignes de tranchées allemandes en avant de son front et de conquérir comme objectif définitif la tranchée d'Heilbronn, depuis la route Cléry-Curlu jusqu'à la somme. 
     L'indication du jour J a été connue vers 10 heures, l'heure H (17h15) à 14 heures.
 
          Le dispositif de l'attaque étant ainsi réglé : deux bataillons accolés en 1ère ligne et soutien (3e bataillon Orsel à gauche, 2e bataillon, commandant de Ladevèze, à droite), un bataillon le 1er (commandant Nouvion), en échelon, à gauche pour faire face à toute contre-attaque pouvant déboucher du nord-nord-est. Un bataillon du 174e est désigné pour occuper, à l'heure H, les tranchées de départ. Une équipe spéciale de patrouilleurs de la Somme devait éclairer la progression dans les marais et établir la liaison au sud. Au nord, la liaison se fait sur la route Cléry-Curlu, avec le 60e R.I.
          Dans le courant de la matinée la 14e D.I. occupe le bois Croisette. Aussitôt, le général commandant l'infanterie de la 48e D.I. conçoit l'idée d'enlever une ferme isolée qui est située à l'est de la ferme Monacu et qui constitue un poste avancé particulièrement gênant de la première ligne allemande.
 
          Cette ferme est actuellement dénommée "ferme Ladevèze". Des ordres sont aussitôt donnés pour l'exécution de cette opération locale, préliminaire de la grande attaque. De 13 heures à 15 heures notre artillerie "marmite" sans arrêt la position. A 15 heures, assaut à la baïonnette par un peloton de la 5e compagnie (compagnie Jonet). Après un corps à corps d'un instant, la position est emportée ; nous avons fait 40 prisonniers. Il reste autant de morts sur le terrain. Cette opération si brillamment réussie en entraîne une autre, qui n'était point prévue et qui obtient, elle aussi, un très beau succès. A 15h30, s'apercevant du flottement qui se produit en face d'elle dans les éléments ennemis, la section du sous-lieutenant Besançon (9e compagnie), compagnie Eliot, saute d'un bond dans la tranchée allemande et revient en ramenant 20 prisonniers et une mitrailleuse.
           Mais voici l'heure H. Toute la ligne s'ébranle. Le 3e bataillon (commandant Orsel) monte à l'assaut dans un ordre parfait ; la gauche du 2e bataillon (commandant de Ladevèze) marche à la même hauteur, d'un mouvement régulier. L’élan général est admirable. La droite du bataillon de Ladevèze (7e compagnie), qui devait progresser par le bois Gâchette (première position ennemie) dans un terrain marécageux, très coupé, et qui par conséquent devait marcher par bonds précédé du feu de son artillerie, est en échelon refusé et progresse plus difficilement.
           En abordant la lisière ouest du bois Gâchette, un furieux corps à corps s’engage dont témoignent bientôt une centaine de cadavres ennemis. Une mitrailleuse qui tire jusqu’au dernier moment est prise.
           A ce moment, le commandant de Ladevèze, qui menait l’assaut à sa place de combat est tué d’une balle au cœur. A peine a-t-il le temps de passer le commandement eu capitaine Pecu, son plus ancien subordonné. Un instant après, celui-ci est grièvement blessé. Il passe à son tour le commandement du 2e bataillon pour la deuxième partie de l’attaque au lieutenant Vaucanson, commandant la 7e compagnie.
           Pendant ce temps, le bataillon Orsel et la gauche du bataillon de Ladevèze sont arrivés à 200 mètres de la tranchée Heilbronn. Ils marquent un temps d’arrêt pour assurer la liaison avec l’artillerie, envoient les fusés prescrites, font une décharge générale de grenades V.B. et d’un bond magnifique sautent dans la tranchée allemande.
           L’objectif est atteint ; il est 17h50 . en quinze minutes, le 170e avait franchi les 800 à 900 mètres qui le séparaient de son objectif. Les pots Ruggieri sont allumés, la tranchée nettoyée, les postes de surveillance prescrits poussés au delà de la crête.
           Ce n’est qu’à 17h30 que l’aile droite du 2e bataillon (lieutenant Vaucanson), sur laquelle un mauvais sort semble s’être acharné, atteint le but fixé. Tout le régiment cette fois occupe son objectif final.
           Nous avions fait prisonniers environ 250 ennemis valides dont 4 officiers. Ils appartiennent au 1er régiment bavarois. Quelques blessés, dont 2 officiers, sont amenés à nos postes de secours ; quatre mitrailleuses prises par nos soldats, nous en retournons immédiatement trois, qui sont intactes, contre l’ennemi.