7e RTA 4e bataillon andré mardini

            A la 4e compagnie, alors que le P.C. de compagnie se replie en profitant de l'abri offert par la digue, la section du lieutenant André, accrochée aux lisières du village de Long-Cau, peut s'infiltrer dans la haie de bambous bordant le village mais ne réussit pas à progresser. Elle restera clouée sur place toute la journée du 25 septembre. Le capitaine Good, commandant la 4e compagnie, après avoir fait installer sa base de feux (mitrailleuses et mortiers de 60mm) fait déborder le village par la gauche. Cette manœuvre qui bénéficie de l'appui de la base de feux de la compagnie, est confiée à la section du sergent-chef Adjali. Rampant dans la rizière elle atteint les lisières gauches du village, mais ne peut avancer, bloquée par des tirs venant d'une petite pagode située à la partie gauche du village. Entre la section Adjali et la section André, le capitaine Désert, commandant la 2e compagnie, lance la section du lieutenant Rosenblatt. Malheureusement cette section est bloquée en pleine rizière. Rosenblatt est grièvement atteint par balle et devra rester toute la journée dans l'eau, son évacuation étant impossible. Ce n'est qu'à la nuit que Rosenblatt sera ramené au P.C. de la compagnie. Le P.C. du bataillon qui suit la 4e compagnie, s'installe à un carrefour de digues. Le capitaine Rieu-Boussu fait mettre en œuvre les mortiers de 81mm pour renforcer la base feux de la 4e compagnie et permettre à la section Adjali de s'emparer de la pagode. En vain. Le capitaine Guillon rejoint le capitaine Good. Ordre lui est donné de rester sur place, de continuer à neutraliser les lisières du village qui doit être bouclé à gauche par la 3e compagnie du lieutenant Ciancioni, par la 2e au centre, par la 4e à droite et par la compagnie de supplétifs du lieutenant Buschiazzo au nord. L'encerclement des villages se fait, profitant de l'appui d'artillerie et du bombardement d'un avion. Adjali entraîne ses hommes et prend pied dans la pagode mais ne peut en déboucher. La section du lieutenant Jouffray tente un assaut mais est clouée sur place. Les villages sont impénétrables. La nuit tombe et est mise à profit pour ramasser les morts et les blessés. Les unités resserrent leur dispositif. Le bouclage ne peut être parfait et le viet trouve rapidement la faille pour se replier, non sans toutefois subir de grosses pertes infligées par Buschiazzo et sa compagnie de partisans.

           Le 26 septembre au matin, après une violente préparation d'artillerie, les unités pénètrent dans les villages de Phu-Man et de Long-Cau. Quelques éléments viets chargés de faire disparaître ou d'enterrer les tués, sont rapidement maîtrisés. De nombreux débris d'armes jonchent le sol et un recensement des pertes ennemies fait état de 150 morts. La population de Long-Cau, qui avait été regroupée dans une paillote par les viets, a été anéantie par une bombe d'avion. De notre côté le bilan est très lourd. Il s'élève à 30 morts et 70 blessés dont 13 tués et 22 blessés à la 4e compagnie. 
          Du 27 au 30 septembre, le bataillon effectue une fouille minutieuse des villages dans la zone des combats et panse ses plaies. Le 30 septembre, le bataillon est regroupé à Tien-Xa. Il reçoit l'ordre de se porter sur la rive nord du canal des Bambous en vue d'établir un barrage pour tenter d'interdire aux éléments V.M. de traverser le canal. L'opération "Mandarine" est commencée. Elle durera jusqu'au 13 octobre avec comme principaux objectifs les villages de Toan-Son, Quan-Khé et Phuo-Tien, où sont signalés de forts éléments V.M. 
          Le bataillon passe le canal des Bambous le 1er octobre et occupe la portion de route au sud du canal entre Quan-Khé et l'écluse de Cau-Cong. Quelques suspects sont arrêtés. Dans la matinée du 2 octobre, des patrouilles légères sont lancées vers le sud. Le bataillon fait mouvement l'après-midi vers le canal de Luu-Xa. Quelques accrochages sporadiques sont signalés, 10 V.M. sont tués et une soixantaine de suspects arrêtés. Onze notables vietnamiens, prisonniers des V.M. sont libérés. 
De nombreux et importants documents sont récupérés.
 Le 4 octobre au matin, le bataillon ayant repris sa progression est accroché aux lisières de Tao-Son. Il occupe le village après un tir d'artillerie et de mortiers. En début d'après-midi, la 2e compagnie est, violemment prise à partie en abordant le village de Phuc-Tien. Le capitaine Désert lance ses sections à l'assaut du village, y pénètre et le nettoie. Un tirailleur est blessé, 8 V.M. tués et une centaine de suspects arrêtés. D'après les renseignements fournis par certains d'entre eux, le village était tenu par un capitaine et une soixantaine de V.M. armés de P.M. et de fusils.
 
          Dans la nuit du 4 au 5 octobre, des reconnaissances sont lancées par toutes les compagnies en vue de rechercher les possibilités de franchissement du canal vers l'est. La 2e compagnie est prise à partie par dans Phuc-Tien par des éléments V.M. infiltrés. Nos postes répondent. Six cadavres V.M. sont retrouvés le lendemain matin. Un blessé chez nous. Le 5 octobre au matin, une reconnaissance est lancée poar la 4e compagnie vers le village de Nhu-Khé. 
          En abordant les lisières avec sa section pour reconnaître les points de passage sur le canal de Lu-Xa et le canal de Thai-Su, le lieutenant Jouffray est tué par une rafale de F.M. Son corps est ramené au P.C. de la 4e compagnie et est immédiatement évacué sur Hanoï. Cet officier était en fin de séjour. Le 6 octobre, avec l'appui d'un peloton de Schaffee aux ordres du sous-lieutenant Pirey, le bataillon doit fouiller une zone de 1 kilomètres de large sur 5 kilomètres de profondeur au sud de ce dernier canal. La fouille des villages au nord de la route qui traverse cette zone se passe sans réaction V.M. mais le bataillon est violemment pris à parti lorsqu'il veut s'emparer de la série des villages de Oc-Thon, Kha-La, Nhan-Xa. 
          Alors que le lieutenant Chiaramonti progresse en tête de son groupement de deux sections de la 1ère compagnie sur la large diguette donnant accès au nord du village d'Oc-Thon, une colonne de femmes et d'enfants émerge au loin de cette sortie nord du village, dans la brume légère du matin. Mauvais présage ! La colonne avance, nous croise en silence. Les femmes et les enfants, pas encore des adolescents, portent à l'épaule le traditionnel balancier de bambou séché, aux bouts desquels sont suspendus, par des cordes de paille de riz tressées, des paniers remplis de ravitaillement, de matériel de cuisine et de vêtements, tout leur bien. De certains sortent des cous de canards, des poules ou la tête d'un petit cochon dont les grognements percent le silence de ce matin blême.
 
          Se déhanchant comme un marcheur de compétition, le buste droit, la tête bien en ligne, un bras replié battant l'air d'une cadence rapide,, donnant une impulsion vers l'avant à tout le corps, le poing fermé, l'autre bras tendu enroulé sur la latte de bambou, la paume de main à plat lui imprimant sans effort un mouvement de haut en bas, utilisant la flexibilité du bambou pour en alléger la charge, chaque femme, chaque enfant passe, le regard absent sans nous voir, à petits pas pressés. 
          Admirable technique de l'asiatique, à nulle autre pareille permettant à une épaule souvent frêle d'un corps parfois squelettique, de déplacer des charges, également réparties de part et d'autre du balancier, d'un poids souvent supérieur à son propre poids.
 

Par les généraux Good et Mary et les colonels Chiaramonti, Moreau et Antoine.