7e RTA 4e bataillon en Indochine (andré mardini)

         Un soir à la tombée de la nuit, nous sommes très intrigués par de violents tirs d’armes automatiques et de grenades. Cela se situe à proximité d’Ao-Trach, au pied d’un piton tenu par la légion. L’action semble se dérouler autour de véhicules arrêtés au pied du piton. Le lendemain nous apprenons de la bouche de son chef de bataillon, le commandant Fuhrman, que la roulante apportant des vivres chauds a été attaquée par les viets, au moment où elle atteignait le P.A. La roulante a été vivement dégagée par les légionnaires au cri de " schwein kopf ! ", d’autant plus rapidement que le bataillon n’avait pas eu de repas chaud depuis 48 heures. Fuhrman de conclure avec sa verve coutumière : " je n’ai pas voulu qu’ils aient de repas chauds pendant 48 heures. S’ils avaient mangé les haricots de la roulante, ils auraient p… toute la nuit et on aurait pas pu occuper par surprise le piton où nous sommes ! " sacré Fuhrman !

         Bivouaquer dans la cuvette d’Ao-Trach n’est pas de tout repos. Les batteries de 105 tirent beaucoup, souvent et surtout la nuit. Il est bien rare, en effet, que les P.A. ne soient pas attaqués toutes les nuits, mais les artilleurs veillent et les tirs d’arrêt sont efficaces.

         La nuit du 15 au 16 février est particulièrement agitée. A quelques kilomètres de là les postes de Xom-Phéo et du piton des Bambous, tenus par le 2e bataillon du 6e RTM, sont attaqués par un bataillon viet. Toute la nuit nous entendons le bruit du combat et les rafales des armes automatiques. De temps en temps, une accalmie, puis les rafales reprennent de plus belle. Notre artilleur et nous-mêmes, mettons nos postes radio en écoute sur le fréquence du 2/6 R.T.M. Nous suivons d’heure en heure le déroulement des combats par les comptes rendus, de plus en plus alarmants, des commandants de compagnie. Nous en avons le cœur serré. On a l’impression d’assister, impuissant, à l’agonie de nos camarades marocains. A l’aube du 16 février, la 1ère compagnie (lieutenant Lefin) et la 4e compagnie (capitaine Good) sont dirigés par camions sur le poste de Trung-An, tenu par deux compagnies du 2/6 R.T.M. Un G.M.C. de la 4e compagnie saute sur une mine. Dix tirailleurs sont blessés. Les viets sont effectivement de plus en plus présents. La 1ère compagnie et la 4e compagnie atteignent respectivement le poste de Xom-Phéo et le piton des Bambous. La marche est difficile dans la forêt où, toutefois, quelques layons permettent une progression plus rapide, mais ce sont de vrais coupe-gorge. Et si les viets nous attendaient en embuscade ?

         La 4e compagnie arrive sur le piton des Bambous, toujours tenu par ce qui reste d’une compagnie de marocains. Les réseaux de barbelés sont plus ou moins démantibulés, des cadavres viets, porteurs de charges explosives pour détruire les barbelés, ont été fauchés par les tirs des marocains. Les arbres et les bambous sont déchiquetés par l’artillerie. De très nombreux cadavres viets jonchent le sol autour et à l’intérieur de la position. C’est ce qui reste des assauts successifs.

         La compagnie du 2/6 R.T.M. qui a tenu sur le piton des Bambous, dans un enfer de mitraille, se réorganise, panse ses blessés, compte ses morts. Le capitaine Good, accompagné du capitaine Marraggi (D.L.O), prend contact avec le capitaine commandant la compagnie qu’il doit relever. Cette relève s’effectue dans la matinée et la 4e compagnie s’active pour tenir à son tour le piton des Bambous. Il faut remettre en état le réseau de barbelés, dégager à nouveau les champs de tir, approfondir, enterrer et consolider les emplacements de combat et de tir. Le 2/6 R.T.M. a perdu dans cette affaire 30 tués, 65 blessés et 25 disparus. Et la vie reprend son cours. Patrouilles, embuscades autour du P.A., aménagement d’une piste pour atteindre plus facilement la route.

Par les généraux Good et Mary et les colonels Chiaramonti, Moreau et Antoine.

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